Un sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes aura lieu à Québec l'an prochain.

Une bonne initiative du Québec avec les francophonies canadiennes

OPINION / Le gouvernement du Québec organisera un sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes à Québec l’an prochain. Ce sommet regroupera des dirigeants des diverses associations communautaires francophones à travers le Canada. On doit féliciter le Québec de prendre cette initiative afin de consolider les relations entre lui et les communautés francophones et acadiennes. Cette initiative permet d’être à l’écoute de ces communautés afin de faire adopter une troisième politique du Québec en matière de francophonie canadienne.

Mais il faut rester sur le plancher des vaches et se rappeler qu’une langue s’épanouit dans un pays bilingue lorsqu’elle fait de l’argent. Une langue doit être rentable économiquement. 

L’avenir des jeunes francophones passe par une opportunité économique et d’employabilité et voilà pourquoi tant de Québécois veulent apprendre et parler correctement l’anglais.

Pourquoi apprendre et maintenir le français pour les résidents hors Québec si ceci n’est pas utile dans le quotidien, dont le marché du travail ? 

Le gouvernement du Québec peut immédiatement faire une différence en développant une approche auprès des entreprises québécoises pour faire des affaires ailleurs au pays. 

Plusieurs entreprises québécoises ont peur de s’afficher en français et de présenter un visage bilingue, voire apposer une fleur de lys sur un document ou un bien à l’extérieur du Québec.

Si, par exemple, les Flames de Calgary de la Ligue nationale de hockey sont capables de mettre le symbole de l’Alberta sur leur chandail, les Québécois doivent aussi être fiers de leur identité et ne pas avoir peur de s’afficher. 

Il n’y a pas de honte d’être Québécois au Canada.

On n’a qu’à penser au Mouvement Desjardins dans le domaine des assurances par exemple. 

Essayez de trouver une affiche bilingue de cette filiale de Desjardins à l’extérieur du Québec ! 

En passant par le service à la clientèle de qualité en français, vous avez mérité la loterie du siècle. 

Écoutez la publicité en anglais pour voir comment on prononce Desjardins comme si la prononciation avec une touche française était une hérésie, toujours dans le but de plaire à la majorité anglo-canadienne. 

Combien d’entreprises québécoises ont une gêne, voire une honte, de s’afficher comme Québécois à l’extérieur de leur province ? 

Ceci ne serait jamais le cas pour un Ontarien ou un Albertain même lorsqu’il va au Québec.

La deuxième grande intervention que le gouvernement du Québec doit réaliser est de faire un pont économique avec le reste du Canada en passant par une accentuation des programmes d’échanges universitaires et de recherche dans les domaines de pointe à travers le pays. 

Ceci doit comprendre un appui aux entreprises québécoises qui souhaitent se développer au Canada dans une image de marque reflétant la prestation de services à la clientèle dans les deux langues officielles du pays. 

Si le Québec et les entreprises québécoises ne font pas la promotion du français dans leurs relations avec le reste du Canada, comment est-ce que les francophones du reste du Canada pourront-ils militer pour une présence accrue du français dans les relations économiques et d’affaires ?


« On achète notre paix linguistique. »
Gilles LeVasseur, professeur et auteur de cette lettre

Une troisième démarche est d’exiger des dirigeants québécois du secteur public et parapublic de parler et d’utiliser le français dans leurs relations avec le reste du pays. 

Très souvent, lorsque les Québécois échangent avec leurs homologues du Canada anglais, ils veulent s’exprimer en anglais pour montrer très souvent qu’ils savent parler l’anglais et surtout se faire accepter et aimer par le groupe majoritaire.

C’est triste à dire, mais très souvent, les Québécois parlent très mal l’anglais au point qu’ils devraient utiliser uniquement le français. Ils seraient beaucoup plus respectés, car on s’attend au Canada d’un Québécois qu’il communique en français. 

Ces dirigeants québécois refusent très souvent d’utiliser le service d’interprétation simultanée ce qui nous fait dire que l’on offre ce service pour éviter d’être critiqués au Canada. 

On achète notre paix linguistique. 

Alors, pourquoi faire un effort pour le français au Canada et par ricochet au Québec pour le groupe majoritaire quand le Québécois ne valorise pas le français à l’extérieur du Québec ?

Voilà de nouvelles pistes à l’extérieur du cadre traditionnel institutionnel et qui portent sur le quotidien des francophonies canadiennes, de l’image de marque du français à travers le Canada et le respect de l’identité linguistique québécoise. 

Avant d’exiger des autres Canadiens le respect du français au Canada et au Québec, les Québécois doivent être fiers de leur identité linguistique et ceci commence par un engagement auprès de leur langue à travers le pays auprès des instances économiques, sociales et publiques pancanadiennes. 

Le Canada va s’adapter avec le temps à cette fierté linguistique renouvelée québécoise.

Ce texte a été écrit par Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa.