Vis Fedeli, ministre ontarien des Finances

Une autre perspective sur le déficit de l’Ontario

OPINION / Il est important d’entendre un autre point de vue — pas populaire et qui peut-être n’a pas été articulé de façon assez loquace alors que le gouvernement de l’Ontario met en vigueur son programme électoral — sur sa promesse de réduire la dette provinciale. Le gouvernement de Doug Ford est en train de faire ce qu’il s’était donné comme mandat et pour lequel il a été élu.

Est-il raisonnable d’espérer que dans une société un secteur entier — l’éducation — soit exempté de faire sa part, c’est-à-dire de réduire ses coûts, afin que les impôts repayent la dette? Est-ce que dans le secteur de l’éducation il n’y a pas un seul dollar qui peut être coupé? Est-ce que tous les dollars utilisés en éducation sont utilisés de façon maximale?

L’Ontario souffre d’une énorme dette, une dette débilitante. Cependant, le mot est mal choisi — il faudrait plutôt dire «souffre» — car cela implique une maladie. La dette, qui comme une maladie est mauvaise pour la santé, n’est pas quelque chose qui est survenu comme un virus à notre insu, sans qu’on sache comment. La dette est le résultat de choix politiques et sociaux. La dette est le résultat du choix malheureux d’avoir dépensé plus d’argent qu’on avait à dépenser.

Bien qu’il y ait des circonstances au cours desquelles il faut dépenser plus que le montant d’argent qu’on a, il est impératif de repayer une dette lorsqu’on peut. Une dette veut dire que nous devons payer des intérêts. L’argent que nous payons en intérêts sont des argents qui étranglent le système : ce sont des dollars pris des contribuables qui ne paient pas pour des services gouvernementaux, mais vont directement dans la poche des créanciers. Qui sont ces créanciers? Ce ne sont pas le public ontarien de façon égale, sinon il n’y aurait pas de problème: nous recevrions tous un chèque du gouvernement avec notre part de l’intérêt.

Les questions d’argent forment la raison principale pour laquelle les couples se divorcent. Ça montre à quel point l’argent est important pour le bon fonctionnement d’un ménage. Lorsque la dette devient trop grande, elle étouffe les possibilités de dépenses. Pour le gouvernement, les services pour lesquels nous nous sommes endettés comme citoyens ontariens ont déjà bénéficié certains citoyens. Au niveau provincial, lorsque nous nous endettons, nous risquons de faire payer une autre génération pour

les biens et services qu’a consommé la génération précédente. Il est donc très important que nous repayons notre dette afin que la génération montante, les jeunes, n’aient pas à la payer. Déjà, en Ontario, le travailleur moyen travaille jusqu’en juillet pour le gouvernement. C’est-à-dire que pour la moitié de l’année, le citoyen ontarien travaille pour les produits et services gouvernementaux, et les paiement sur la dette qu’a encouru le gouvernement.

Quelle est la dette de l’Ontario?

La dette est estimée à 22,500 $ par Ontarien pour 2018-2019. De 325 milliards $, il est estimé qu’elle va croître à 360 milliards $ en 2020-2021. Le déficit projeté cette année est de 6,7 milliards $, mais le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario prévoit un déficit de l’ordre de 12 milliards $. Il était prévu avant que le gouvernement Ford soit élu que les six prochaines années connaîtraient des déficits budgétaires, c’est-à-dire que nous ajouterions à la masse de dette de chaque Ontarien. Les électeurs n’ont pas voulu ça. Si nous continuiions à dépenser à ce rythme la dette aurait dépassé le seuil des 400 milliards $ en 2021.

Dans ce contexte, est-il raisonnable d’espérer que dans une société l’éducation soit exempté de faire sa part, c’est-à-dire de réduire ses coûts, afin que les impôts repayent la dette? Est-ce que tous les dollars utilisés en éducation sont utilisés de façon maximale?

Je pense que tout le monde doit faire sa part. L’éducation est un secteur énorme et il y a moyen de faire des économies sans compromettre l’éducation des jeunes. Je ne peux pas soutenir certaines coupures proposées par le gouvernement Ford. Certains coupures proposées ne sont pas bien réfléchies et ressemblent plutôt à une boucherie qu’à une chirurgie. Il devrait revenir aux conseils scolaires et aux professionnels de l’éducation de déterminer comment réduire les dépenses d’un certain pourcentage. Le fardeau des coupures ne peut pas et ne devrait pas être porté par les plus vulnérables — les programmes spécialisés pour les enfants en difficulté, par exemple —, ni par les plus jeunes, comme les enseignants récemment embauchés.

Le fardeau des coupures, pour être efficace, digestible et équitable, c’est-à-dire partagé à travers le système de la manière la moins dérangeante, devrait être déterminé à l’intérieur des communautés éducatives avec le ministère de l’Éducation comme guide (pour assurer que les attentes du Ministère ne soient pas compromises).

Je sais pour l’avoir vu que des coupures peuvent se faire. Parfois il suffit de petits changements d’habitudes. Dans notre école, pour réduire notre empreinte écologique nous avons changé certaines habitudes en ce qui concerne la disposition des déchets. Sensibles au fait que ce que nous faisons a un impact sur l’environnement, nous avons récemment commencé un programme de compostage. Nos habitudes commencent à changer; nous nous en portons pas moins bien, et les générations futures nous en remercieront.

Il en est de même pour les épargnes. Nous pourrions trouver des façons de faire notre part, peut-être pas autant que d’autres secteurs dans l’économie, mais tout de même notre part. Avec l’aide d’experts-conseils, il n’y a pas besoin de faire des boucheries à la Ford, tout en assurant une gestion plus saine de l’économie, et un avenir moins lourd pour nos élèves. N’oubliez pas que ce que nous ne payons pas aujourd’hui, vous le paierez demain! Il serait même possible qu’une fois que la dette est réduite, les épargnes sur les coûts d’intérêt de la dette, permette au gouvernement de payer l’éducation post-secondaire de nos jeunes citoyens ontariens!

Christine Brooks, Windsor