Une alimentation saine: le travail n’est pas terminé

OPINION / Les Canadiens ont enfin un guide alimentaire assez sérieux pour s’attaquer à la question des maladies liées au régime alimentaire. Compte tenu de l’état catastrophique de l’alimentation au pays, cette nouvelle mouture du guide, modifié pour la dernière fois en 2007, se faisait grandement attendre.

La santé de nos enfants est de plus en plus sujette à préoccupation. Ils représentent la première génération consommant trop d’aliments ultra-transformés. Nous en payons tous le prix puisque les dépenses entraînées par les maladies alimentaires s’élèvent à environ 26 milliards $ par année.

Nous consommons trop de gras saturés, de sucre et de sel, qui se retrouvent sournoisement dans les aliments hautement transformés et les boissons sucrées. La révision du guide alimentaire était donc l’occasion idéale d’engager nos comportements sur une nouvelle voie. Il sert de référence pour élaborer les menus et les budgets alimentaires de la plupart des établissements publics, dont les écoles et les résidences pour personnes âgées; est enseigné aux élèves; et est utilisé par l’industrie, les détaillants et les consommateurs pour produire ce que nous mangeons.

Heureusement, le nouveau guide est à la hauteur des attentes, car Santé Canada a non seulement écouté la science, mais aussi résisté aux pressions de l’industrie. Le guide nous enjoint désormais à consommer plus de légumes et de fruits, à partager plus de repas en famille, et à délaisser les aliments transformés et les boissons sucrées, dont les jus de fruits, qui peuvent contenir autant – sinon plus – de sucre que les boissons gazeuses.

Néanmoins, il en faut plus pour que la population puisse le suivre et en tirer avantage. En effet, il reste deux étapes cruciales à la mise en œuvre de la stratégie fédérale en matière de saine alimentation.

La première est d’aider la population à faire des choix sains à la source, c’est-à-dire au supermarché. Présentement, le consommateur, à la recherche d’aliments sains qui cadrent avec le nouveau guide, est laissé à lui-même devant des étalages regorgeant de milliers de produits, et ce, dans un contexte où il est souvent pressé. Il faut donc l’aider à s’y retrouver.

Concrètement, il nous faut une étiquette simple et clairement visible sur le devant de l’emballage, indiquant que l’aliment est à forte teneur en sucre, en sel et en gras saturés. Le système actuel, qui dissimule de l’information complexe sur les côtés ou à l’arrière des emballages, n’aide nullement les consommateurs à faire des choix rapides et éclairés en épicerie.

Une étiquette efficace met en évidence des symboles ou des mentions comme « forte teneur en sucre/sel/gras saturés » sur le devant de l’emballage, et indique que l’information provient d’un organisme reconnu, comme Santé Canada. D’autres pays appliquent déjà ce système et en voient les avantages. Les symboles informent les consommateurs, qui peuvent décider de façon éclairée de consommer moins souvent d’un aliment de faible qualité nutritionnelle. Les manufacturiers reformuleront leurs produits alimentaires pour présenter une teneur plus faible en sel, en sucre ou en gras saturés, et ainsi éviter l’affichage d’un avertissement. Tout le monde y gagne.

Deuxième étape cruciale : faire en sorte que la publicité de l’industrie ne nuise pas aux messages positifs du guide alimentaire. Ce dernier nous avertit d’ailleurs de rester vigilants face au marketing alimentaire : un rappel important, particulièrement lorsque nos enfants en sont la cible. Il ne faut plus tolérer que des entreprises essaient de leur vendre des aliments à forte teneur en sucre, en sel et en gras saturés, comme des céréales sucrées vendues dans des boîtes ornées de personnages connus. Il est inquiétant que l’apport calorique provenant d’aliments ultra-transformés et fortement publicisés soit plus élevé chez les jeunes – en particulier ceux de 9 à 13 ans.

La publicité d’aliments de faible qualité nutritionnelle fait en sorte que les parents sont désavantagés lorsqu’ils essaient de mieux nourrir leurs enfants. Ils ont besoin d’aide.

Nos élus ont voté avec une majorité ferme pour l’adoption d’un projet de loi interdisant la publicité d’aliments destinée aux enfants. Le Sénat doit maintenant se conformer à cette volonté et avancer vers la dernière étape pour assurer la santé de nos enfants.

Les deux dernières étapes de la stratégie ne manqueront pas de provoquer une levée de boucliers de l’industrie alimentaire. Mais il faut absolument que le gouvernement fédéral continue d’écouter la science – comme il l’a fait avec la révision du Guide alimentaire canadien –, et non les intérêts commerciaux.

Nous nous sommes dotés d’un guide alimentaire de qualité. Donnons-nous les moyens de l’utiliser.

Dr Andrew Pipe,

Professeur, Faculté de médecine,

Université d’Ottawa

Yves Savoie,

Chef de la direction national,

Cœur + AVC