Mathieu Lacombe

Un troisième hôpital? Consulter la population avant d’agir!

OPINION / À première vue, la promesse de la Coalition avenir Québec de construire un nouvel hôpital dans la région semble avoir été improvisée. Reconnaissons tout de même que cet engagement traduit une volonté bienvenue de mettre fin à la léthargie qui caractérise la situation actuelle.

Qu’adviendra-t-il de cette promesse?

En entrevue, le ministre Mathieu Lacombe a affirmé que les experts du ministère de la Santé et des Services sociaux y travaillent et que les décideurs politiques attendent leurs propositions.

Dans un texte du 21 décembre 2018, Patrick Duquette, chroniqueur du journal Le Droit, propose que la population soit consultée avant toute décision du gouvernement : « On devrait laisser la chance aux gens de donner leur avis sur ce projet au lieu de tout leur imposer — comme on l’a fait avec cette réforme Barrette qui a vidé les régions au profit de l’urbain, en plus de paralyser l’administration pendant des années. »

Il a tout à fait raison. La santé est un dossier que la population situe au premier rang de ses préoccupations. Les services offerts dans l’Outaouais sont fortement critiqués depuis des années. Il faut que le public participe à la réflexion afin de donner son appui au projet et d’avoir le sentiment d’être partie prenante des décisions dont il devra subir les conséquences. Si la population s’approprie le projet, il deviendra identitaire plutôt que source de chicanes et rivalités.

Voici quelques uns des enjeux sur lesquels il faudrait consulter la population.

Doit-on investir principalement dans la brique et le mortier et s’adonner à l’hôpitalocentrisme, où l’hôpital remplit des fonctions que pourraient assumer d’autres types d’établissements offrant des services médicaux généraux de proximité?

Faudrait-il plutôt investir dans des services de longue durée et des services à domicile afin d’offrir aux gens une meilleure qualité de vie et désengorger les deux hôpitaux existants ? De nombreuses chambres y sont présentement occupées par des patients qui devraient être pris en charge ailleurs.

Et les régions? Comment voient-elles la concentration des ressources en région urbaine? À la suite de la réforme Barrette, on a pu constater – notamment dans le Pontiac – l’importance des services de proximité et les dangers d’une centralisation excessive à la fois démoralisante et infantilisante. Les points de vue des gens de Maniwaki, Wakefield et du Pontiac, entre autres régions, doivent être entendus et pris en compte.

À ma connaissance, il n’y a pas de villes au Québec où l’on retrouve trois hôpitaux à vocation générale. Un troisième hôpital devrait-il être consacré à la prestation de services spécialisés ? Le recrutement de spécialistes — il en manquerait à peu près 200 — ne serait-il pas favorisé par un regroupement de médecins spécialisés dans des équipes rapprochées ?

Comment éviter la confusion et les incongruités comme celles qui existent présentement (néphrologie à Hull, urologie à Gatineau)? En consultant la population, on pourrait chercher les moyens de regrouper les forces plutôt que de les diviser.

Autre question : ne devrait-on pas consacrer les argents à la rénovation des établissements existants plutôt que d’en construire un nouveau? Si oui, y a-t-il un risque que le gouvernement s’en tienne à un investissement relativement faible ?

Si Danielle McCann, la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, se montrait ouverte à cet exercice de démocratie et de participation populaire, elle devrait en confier la responsabilité à une personne ou à un comité au-dessus de tout intérêt professionnel et politique pour assurer une grande objectivité et une crédibilité à toute épreuve. Les travaux subséquents des experts et technocrates en seraient enrichis et les décisions politiques seraient d’autant plus pertinentes. Les députés de la CAQ, Robert Bussière, Mathieu Lacombe et Mathieu Lévesque, pourraient intervenir avec plus d’assurance.

La consultation pourrait durer de six à 10 mois. Prenons le temps qu’il faut, un investissement dans la santé de plus de 300 millions $ doit être fondé sur de solides assises.

Il existe sûrement dans l’Outaouais des personnes compétentes — par exemple Benoît Pelletier, Nycole Turmel — provenant des villes et des régions pour mener une consultation en bonne et due forme.

Une consultation objective et mobilisatrice de la population permettrait de rétablir la confiance du public fortement ébranlée, tout en créant un nouvel élan pour améliorer les services de santé dans l’Outaouais.

Paul-Émile Leblanc, Gatineau