Un régime d’assurance médicaments public et universel au Canada

OPINION / En 2018, le gouvernement fédéral a créé le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments. Nous avons salué cette démarche, puisque le Canada est le seul pays de l’OCDE ayant un régime d’assurance maladie public qui n’inclut pas l’assurance médicaments.

Alors que le Conseil consultatif doit déposer sous peu son premier rapport, nous sommes toutefois inquiets qu’Ottawa soit tenté de reproduire le régime hybride privé-public qui prévaut au Québec depuis 1997. Pour nos organisations, Ottawa commettrait une grave erreur en voulant reproduire le modèle québécois, où la coexistence de régimes d’assurance privés et public a entraîné une explosion des coûts et de profondes iniquités. Selon nous, le seul modèle qui pourrait répondre adéquatement aux besoins de santé de la population canadienne est un régime d’assurance médicaments entièrement public et universel.

Rappelons qu’au Québec, les citoyens ayant accès à un régime d’assurance collective privé à leur travail doivent obligatoirement contracter une couverture pour les médicaments. Seuls les individus n’ayant pas accès à un régime d’assurance privé peuvent adhérer au régime public d’assurance médicaments.

Cette coexistence d’un régime public parmi plusieurs régimes privés nous prive d’un puissant levier de négociation auprès des compagnies pharmaceutiques. Le même médicament peut coûter, au Canada, 10 fois plus cher qu’en Nouvelle-Zélande. Les études démontrent que l’instauration d’un régime entièrement public et universel pourrait réduire le prix des médicaments de 20 à 40 %. Seulement au Québec, on parle d’économies de l’ordre de 1 à 3 milliards $ pour l’ensemble de la société.

Alors que la médiane des dépenses en médicaments par habitant est de 603 $ pour les pays de l’OCDE, les dépenses par habitant pour les médicaments au Québec sont de 1087 $.

Partout au pays, le coût de la couverture médicaments des régimes privés est en explosion. Au cours des dernières années, les augmentations des primes augmentent de 5 à 8 % par année. Résultat ? Au Québec, de plus en plus de syndicats prennent la décision de mettre un terme à leur régime d’assurance collective, seul moyen d’avoir accès au régime public d’assurance médicaments, perdant ainsi leur couverture d’assurance salaire, dentaire et d’autres bénéfices. En somme, le régime hybride québécois actuel menace plusieurs de nos protections sociales.

Nous déplorons les nombreuses inégalités occasionnées par le régime hybride présent au Québec. Les cotisations exigées, le montant des franchises, même la liste des médicaments couverts diffère d’un régime à l’autre. Alors que tous les Canadiens et Canadiennes devraient être égaux en ce qui concerne l’accès au système de santé public, l’accès aux médicaments n’est clairement pas équitable entre tous et toutes.

En fonction de la montée des coûts relatifs aux médicaments, de nombreux citoyens et citoyennes ne peuvent tout simplement pas se les permettre. Environ 10 % de la population québécoise ne consomme pas les médicaments qu’on leur prescrit, faute de moyens. Il s’agit d’un véritable problème de santé publique qui a un impact négatif sur l’ensemble de notre réseau de la santé.

Bénéfique pour tous

Plusieurs employeurs contribuent déjà, bien qu’à hauteur variable, au régime d’assurance collective de leurs salariés. Notre intention n’est pas de les soustraire à leurs obligations. Le financement d’un régime d’assurance médicaments public et universel doit reposer sur le rapatriement de ces cotisations, tout comme celles des salariés.

En outre, le régime hybride québécois va complètement à l’encontre de la logique assurantielle. Les régimes privés couvrent les assurés qui sont considérés comme des « bons risques », à savoir les personnes qui sont en emploi et qui, généralement, sont en meilleure santé. La majorité des personnes sans emploi ou à la retraite, qui ont tendance à consommer davantage de médicaments, sont couvertes par le régime public. Des coûts supplémentaires incombent donc au gouvernement, alors que les compagnies d’assurance engrangent les profits.

Nous désirons mettre en garde le gouvernement fédéral du puissant lobby qui s’organise pour freiner la mise en place d’un régime public et universel, le seul qui serait bénéfique tant pour le gouvernement, les employeurs que pour les citoyens et les citoyennes. Il n’y a aucune raison de ne pas aller de l’avant.

Nancy Bédard,

Présidente,

Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Daniel Boyer,

Président,

Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

Carolle Dubé,

Présidente,

Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux

François Décary-Gilardeau,

Président,

Union des consommateurs

Sonia Éthier,

Présidente,

Centrale des syndicats du Québec

Jacques Létourneau,

Président,

Confédération des syndicats nationaux

Mercédez Roberge,

Porte-parole,

Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles