Un ragoût de «pot» de cochon ?

Le pot est à la mode ces jours-ci, surtout à Ottawa. Un groupe de travail a récemment présenté un cadre de législation possible pour un Canada qui permettrait la consommation de la marijuana pour l'ensemble de la population. Pratiquement depuis le lendemain de la victoire des libéraux à l'automne 2015, l'ensemble du secteur agroalimentaire attentait avec impatience les recommandations de ce groupe et le rapport déposé au début décembre n'a certes pas déçu l'industrie.
Ce que plusieurs ne réalisent pas encore, c'est que le cannabis représente une petite mine d'or pour les secteurs de la transformation et de la distribution alimentaire au pays. Selon une étude publiée par Deloitte en octobre, le marché de la marijuana, une fois légalisé, pourrait générer plus de 22 milliards de dollars au Canada. C'est plus que les ventes combinées de vin, de bière et de spiritueux sur l'ensemble du territoire. Les ventes de cannabis à l'état pur représenteraient environ 8 milliards de revenu supplémentaire d'ici quelques années. Mais selon la même étude, plus de 14 milliards de revenu supplémentaire émaneraient de produits dérivés du cannabis. C'est énorme. Il est fort possible que 5 à 7 % des produits alimentaires vendus au Canada d'ici 10 ans puissent contenir du cannabis, incluant le prêt-à-manger. Qui sait, une autre façon de déguster le ragoût de pattes de cochon, le pâté chinois, la tourtière ou bien les pets de soeur !
En effet, depuis déjà plusieurs mois, certains transformateurs et distributeurs amplifient leurs efforts de recherche pour créer de nouveaux produits avec la marijuana comme ingrédient. Ceux et celles ayant déjà visité Amsterdam savent exactement de quoi il s'agit. Il est possible que le fameux « space cake » devienne bientôt une réalité au Canada.
D'ici quelques années, les consommateurs pourront acheter des produits infusés de pot, comme des biscuits, des liqueurs, des huiles et même du beurre au cannabis. Imaginez le secteur de la restauration avec le cannabis. Que diriez-vous d'une poutine au cannabis, ou bien d'une sauce au cannabis pour accompagner votre poulet favori ? Puisque le groupe de travail ne favorise pas la distribution du cannabis par le biais de succursales où la vente d'alcool est présentement permise, tout est encore possible. Peu se réjouissent publiquement, mais c'est une excellente nouvelle pour l'industrie, moins bonne pour nos sociétés d'État comme la Société des alcools du Québec. Par contre, le groupe de travail laisse la porte ouverte pour les provinces qui préféreraient que la vente de cannabis et de produits dérivés au détail soit effectuée par l'État.
L'industrie est donc à la recherche active de la prochaine manne. La marijuana, contrairement au sans-gluten, pourrait intéresser un marché très vaste. Certainement, comme le groupe de travail l'a recommandé, la légalisation de la marijuana vient avec son lot de risques pour nous tous. Le groupe prévient le gouvernement d'appliquer certaines mesures afin que la consommation se fasse en toute quiétude. Ces mesures devront être bien ancrées dans nos habitudes de consommation et l'industrie va devoir faire preuve d'une responsabilité exemplaire auprès de la population. Comme l'alcool, la marijuana est une drogue. De tels produits s'inscrivent dans une démarche qui invite tout le monde à une vigilance accrue.
Somme toute, la plupart le savent. Consommer du cannabis augmente l'appétit. Pour les entreprises agroalimentaires, le cannabis fait définitivement augmenter l'appétit pour de meilleurs profits.
L'auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et Politiques Agroalimentaires à Université Dalhousie