Plusieurs Franco-Ontariens voient d'un mauvais oeil la victoire de Doug Ford aux dernières élections ontariennes.

Un nouveau terrain à faire connaître

La victoire des conservateurs et de Doug Ford fait très peur à plusieurs francophones de l’Ontario. Pendant des années, ils ont entretenu une certaine lune de miel avec les libéraux et ceci est terminé. Il faut maintenant repenser l’approche et la stratégie avec le nouveau gouvernement ontarien.

Pour y arriver, les francophones doivent approcher le dossier Ford de quatre façons. Au départ, ils doivent comprendre les acteurs clés du bureau du premier ministre de l’Ontario. Une nouvelle garde vient d’arriver et les francophones ne connaissent pas qui sont les preneurs de décision dans les rangs conservateurs. On a tellement misé sur les libéraux et dans une certaine mesure, les néo-démocrates, que l’on a très peu faits de lien avec les conservateurs. Aujourd’hui, les francophones doivent rattraper le temps rapidement.

Deuxièmement, les francophones doivent présenter leur place historique en Ontario. Lorsque l’on vient de Toronto ou du sud de l’Ontario, la visibilité francophone n’est pas aussi évidente en comparaison avec d’autres groupes ethniques. De plus, les francophones ont voté en grand nombre pour les candidats libéraux ou néo-démocrates de sorte qu’ils n’ont pas toujours au départ la cote populaire des nouveaux élus. Il faut éviter que les francophones soient considérés comme un groupe ethnique ou culturel comme tous les autres et ceci exige une intervention rapide auprès des politiciens et des conseillers politiques. Il faut éduquer sur les francophones, leur histoire et leurs droits comme communauté de langue officielle.

Troisièmement, il faut que les francophones démontrent leur plus-value économique et pas uniquement comme entité sociale ou culturelle. Le plus grand défi est de justifier économiquement et juridiquement les coûts des services gouvernementaux en français à travers l’Ontario. À défaut de quoi cela équivaut à laisser s’effriter la place que les Franco-Ontariens ont su gagner lourdement à travers le temps. Lorsqu’il y a une menace d’un recul aussi minime soit-il, il faut le soulever immédiatement car la nouvelle garde n’est pas au parfum de toute la réalité francophone et des obligations étatiques ontariennes envers les francophones.

Enfin, les francophones doivent aussi être le pont entre l’Ontario et le restant du Canada, incluant le Québec. Ils doivent démontrer qu’ils sont une nation qui contribue à l’Ontario, mais qui fait aussi partie de l’image et de la réalité canadienne. La dualité canadienne se perpétue par la présence des Franco-Ontariens et l’image de cette dernière n’est pas juste provinciale, mais aussi nationale et ces derniers continuent activement au leadership de l’Ontario à travers le Canada.

Les dirigeants francophones doivent se faire connaître en étant visible dans les activités politiques des conservateurs dans toute initiative gouvernementale qui affecte les francophones. Ces derniers ne doivent pas juste réagir, mais être les premiers à expliquer, critiquer et applaudir les faits et gestes du nouveau gouvernement.   

Les deux prochaines années seront difficiles car les Franco-Ontariens devront établir des nouvelles relations avec des acteurs qui leur sont méconnus et qui méconnaissent dans bien des cas les francophones. Ceci exige un leadership des dirigeants des associations francophones de tous les secteurs. Il faut commencer aujourd’hui. Il faut arrêter de chialer entre francophones et faire sentir son influence avec la nouvelle garde au pouvoir à l’Assemblée législative de l’Ontario. Les francophones ont été habitués à conduire une voiture GM ; maintenant, ils doivent s’adapter à un Ford car le moteur de la voiture actuelle va les lâcher très bientôt !

L’auteur du texte est Gilles LeVasseur, avocat et professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa.