La fréquentation des institutions de mémoire est en hausse constante. En 2015, celle des bibliothèques publiques des États-Unis a cru de 4 %.

Un jour nouveau pour les «GLAM»

À l'ère numérique, alors que la mémoire elle-même semble être une faculté désuète, à quoi donc peuvent encore servir les institutions de mémoire : les bibliothèques, les centres d'archives et les musées (les « GLAM ») ? Amazon, Wikipédia, Facebook et Twitter ne suffisent-ils pas dorénavant à la tâche ?
De temps à autre, des questions surgissent : est-il opportun de construire de nouvelles bibliothèques ? Ne conviendrait-il pas plutôt de favoriser le prêt de livres électroniques ? Les musées virtuels ne représentent-ils pas à la nécessité de démocratiser la culture en la rendant accessible à l'échelle de toute la planète ? Idem pour les centres d'archives : leurs fonds ne sont-ils pas tous numérisés et accessibles grâce à leurs propres plateformes ou celles d'Ancestry ou de Findmypast ?
Et pourtant la fréquentation des institutions de mémoire est en hausse constante. En 2015, celle des bibliothèques publiques des États-Unis a cru de 4 %, la nouvelle bibliothèque publique d'Halifax a reçu au cours de la première année de son existence plus du double des visiteurs attendus, le Musée des beaux-arts de Montréal reçoit maintenant plus d'un million de visiteurs et les musées québécois ont atteint de nouveaux sommets de 14 millions d'entrées.
Ces données paradoxales ont amené un récent rapport de la British Library à conclure qu'alors que le savoir et la culture se retrouvent de plus en plus en format numérique et sur des écrans, la valeur et l'importance de lieux physiques de haute qualité ne se diminuent pas : elles s'accroissent. Comme si, plus nos vies tournent autour des écrans, plus les rencontres en personne et la présence des artéfacts prennent de la valeur. Les activités des deux sphères se nourrissent mutuellement.
La semaine dernière, plus de 300 personnes se sont réunies à Ottawa pour le Sommet sur la valeur des bibliothèques, archives et musées, organisé par l'Association des musées canadiens et Bibliothèque et Archives Canada et placé sous l'égide de la Commission canadienne pour l'UNESCO. 
Cet indiscutable succès a mis en lumière quelques éléments forts de la problématique des institutions de mémoire :
• Les technologies sont à la fois porteuses de défis et d'occasions de développement. D'une part, l'obtention des ressources financières nécessaires à leur acquisition et, d'autre part, la découverte des ressources humaines capables d'imaginer leur fonctionnement optimal. Du côté des occasions : la formidable démocratisation du savoir et de la culture, l'accroissement de fréquentation de leurs espaces que provoque la fréquentation virtuelle ;
Les nouveaux rôles des institutions de mémoire - accueil des nouveaux arrivants, accès pour les personnes défavorisées, technologies avancées pour les artistes, initiation à la littératie financière, initiatives pour promouvoir la santé mentale et ouvertures au monde culturel - sont méconnus par nos élites qui fréquentent peu les institutions de mémoire, parce que leur statut économique favorise d'autres habitudes de consommation culturelle (l'achat plutôt que l'emprunt) ;
• Le rôle des institutions de mémoire dans l'écosystème de la création n'est pas réductible à leur seule fonction d'ingestion et de conservation des oeuvres. Les « GLAM » sont également présentes au début de la chaîne créatrice, fournissant inspiration et matériel aux artistes de toutes les disciplines.
Le Sommet d'Ottawa a aussi agi comme révélateur de l'unité véritable des institutions de mémoire, elles dont la tendance avait jusque lors été davantage à l'accentuation de leurs singularités plutôt qu'à la recherche de dénominateurs communs. Pourtant, dans la pratique, les distinctions taxonomiques s'estompent : les fusions qui ont mené à la création des deux grandes institutions documentaires que sont BAnQ et Bibliothèque et Archives Canada viennent spontanément à l'esprit, mais elles ne sont que la pointe d'un iceberg.
Forts de cette conviction, les participants ont adopté la Déclaration d'Ottawa par laquelle ils s'engagent à accroître la collaboration entre eux, à accentuer les occasions de participation citoyenne et à élargir l'accès à leurs collections afin de contribuer au bien commun. Un nouveau jour s'est levé pour les institutions de mémoire canadiennes. 
L'auteur, Guy Berthiaume, est bibliothécaire et archiviste du Canada
La déclaration d'Ottawa (2016)
Nous prenons l'engagement d'adapter et de réinventer continuellement nos institutions ; un engagement qui vise avant tout à permettre aux Canadiennes et aux Canadiens de reconnaître la pleine valeur des bibliothèques, des archives et des musées.
Ensemble, nous déclarons vouloir :
• Accroître la collaboration entre nos institutions et nos réseaux aux niveaux local et national afin de mettre de l'avant des nouveaux partenariats qui vont stimuler la créativité et renforcer l'engagement ;
• Élaborer des programmes et des services novateurs et adopter des technologies qui vont nous donner les moyens de faire participer nos publics ; et
• Enrichir et élargir l'accès à nos collections, afin de contribuer de façon significative au bien commun et au développement durable.