La ministre des Affaires francophones de l'Ontario, Caroline Mulroney

Un appel à la promotion linguistique

OPINION / Lettre acheminée avant le vote sur le projet de loi 57. À Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l’Ontario,

L’intransigeance que vous démontrez à ne pas répondre aux besoins réels du peuple franco-ontarien et des millions de francophiles de l’Ontario met en péril le tissu même de notre identité canadienne.

Nous savons toutes et tous, chiffres à l’appui, que la création de l’Université de l’Ontario français représente une dépense tout à fait minime mais combien symbolique et incontournable pour démontrer hors de tout doute que les francophones ont leur place en Ontario et dans ce pays. Le report de cette dépense est insignifiant en terme d’impact financier. Rien de comparable à ce qui se dépense au Québec pour offrir des universités de langue anglaise à une minorité moins nombreuse que celle des Franco-Ontariens.

En ce qui a trait au Commissaire des services en français, il est clair qu’il y a là encore une fois aucune économie avec l’alternative que votre chef Doug Ford a proposée. Même Paul Dubé, l’Ombudsman de l’Ontario, recommande le retour à un commissaire tout à fait indépendant afin de jouer son rôle comme il se doit, affirmant ne pouvoir le faire aussi bien dans son bureau.

Entre temps, votre gouvernement a annulé une importante subvention qui avait été officiellement confirmée à La Nouvelle Scène ainsi que la distribution des trois seuls magazines jeunesse de l’Ontario français essentiels à la construction identitaire de tous les jeunes Francos. Ce sont de véritables crève-cœur à notre vitalité.

Je fais appel à vos valeurs les plus profondes de promotion des deux langues officielles et de défense de notre francophonie en Ontario qui en a plus qu’écopé au cours des 150 dernières années où on a souvent tout fait pour nous anéantir.

Je fais appel à la puissante leader que vous êtes qui réussira à désamorcer cette terrible crise nationale en vous levant haut et fort pour voter contre le projet de loi proposé par votre gouvernement, par respect et reconnaissance du peuple franco-ontarien dont vous êtes la principale voix politique. 

Cela fait 35 ans que je travaille à tous les jours avec la jeunesse franco-ontarienne et je sais qu’elle a la mémoire très longue. C’est notre devoir et notre responsabilité à toutes et tous, peu importe notre rôle ou nos allégeances politiques, d’assurer le salut et l’espoir de cette nouvelle génération qui grandit dans un milieu où les défis sont tout aussi puissants que son immense fierté.

Il y a des grands moments dans l’histoire où on a le choix de bâtir pays où de le démolir.

Au nom de mes quatre enfants qui grandiront encore pour de nombreuses décennies en Ontario et au nom de tous leurs enfants à venir, j’implorerais votre sagesse, la puissance de vos valeurs ainsi que votre courage.

Si « L’avenir est à ceux qui luttent », eh bien chère Caroline « marchons vers l’avenir, côte à côte, main dans la main » !

L'auteur est Félix Saint-Denis, résident d'Embrun.