Le mouvement #moiaussi a un an.

Un an depuis #moiaussi...

Ces temps-ci, on parle beaucoup du un an de #metoo, de #moiaussi. Pour moi, « l’anniversaire » qui approche, c’est le un an de son acquittement. Le 31 octobre, ça fera un an que la démarche judiciaire s’est terminée. D’un côté, à mon grand soulagement, d’un autre côté, avec de la déception, d’un autre côté encore, avec la fierté de m’être tenue debout devant lui et d’avoir brisé le silence…

Le pédo comme je l’appelle, a été acquitté à cause du « hors de tout doute raisonnable » de notre système de justice. Malgré tout, je l’ai compris dans ses commentaires, je sais que le juge m’a crue… mais qu’il ne pouvait faire autrement.

Alors quoi ? Victoire ou défaite ?

Je veux me concentrer sur mes victoires. Avoir dénoncé et brisé le silence. Avoir « travaillé » sur moi pendant toute la démarche pour retrouver mon pouvoir. Trouver en moi des clés et des outils pour guérir, pour grandir. Avoir eu le courage — le très grand courage, je le sais aujourd’hui! — de me présenter devant un juge, debout, droite et forte, au nom de cette enfant abusée par un pédophile égocentrique et inconscient.

Un an plus tard, que me reste-t-il de tout ça ? Oui, la force. Oui la fierté.

Je ne peux toutefois ignorer ces séquelles qui me restent d’un choc post-traumatique aliénant. Je ne suis pas allé à la guerre mais mon corps et mon esprit sont sortis marqués de cette démarche.

Encore aujourd’hui, je vis des crises d’anxiété qui surgissent n’importe quand, malgré la médication. Mon cerveau ralentit sans avertir, brisant ma fragile concentration à tout moment. La fatigue mentale dégénère trop souvent et trop rapidement en fatigue émotionnelle, puis en épuisement physique.

De l’extérieur, tout peut sembler normal. Je porte mon sourire de « Madame Patate », que j’accompagne de « coups-de-pieds-au-c*l » pour traverser mes journées…

L’exercice me fait du bien, autant au corps qu’à l’âme. Yoga, natation, marche et jogging, vélo. Ça peut susciter des interrogations autour de moi. Si je peux faire tout ça, comment se fait-il que je ne sois pas capable de passer à travers mes journées normales de travail ?

Alors la culpabilité et la honte tentent encore de reprendre possession de moi. Comment se fait-il que je ne sois pas assez forte pour mettre tout ça derrière moi ? (soupir!)

Encore aujourd’hui donc, près d’un an après le procès, je continue à vivre avec les conséquences de ces gestes posés sur moi il y a plus de 40 ans.

« Si c’était à refaire, le ferais-tu ? » Malgré les séquelles encore présentes, malgré les déceptions, malgré toute l’énergie que ça me demande encore. Et aussi malgré notre système judiciaire qui n’est pas adapté à la réalité des abus sexuels. Oui je le referais, malgré tout.

Parce que je me suis tenue debout pour dénoncer l’inadmissible. Parce que j’ai libéré la honte et le secret. Parce que toute cette démarche a représenté pour moi un grand « NON » devant cet abuseur. 

Je voudrais que ces gestes n’aient jamais été posés. Aujourd’hui, je continue de reconstruire mes fondations intérieures à partir des ruines qu’il a laissées dans son sillage. Contrairement à ce que j’espérais, le procès n’a pas fermé la porte derrière ce que j’ai vécu enfant. Ça n’a pas « terminé » ma démarche. Ce que j’ai subi va toujours faire partie de moi.

Par contre, aujourd’hui, je porte une fierté. Un courage et une détermination ancrés en moi. Une force d’affirmation assumée. 

J’aime la femme que je deviens. J’apprend à oser ma féminité. J’aime l’assurance et le sentiment de sécurité que j’apprend à cultiver en moi  J’aime de plus en plus ce que je suis et je suis fière de moi.

C’est ça que je veux célébrer un an plus tard.

Et honorer toutes ces femmes et ces hommes qui osent se tenir debout pour faire cesser ces gestes et comportements déplacés.  

Et espérer que notre système judiciaire va être modifié pour ne plus revictimiser ces personnes qui ont le courage de se tenir debout. 

Pour moi, c’est ça le un an du #moiaussi, #metoo.

L'auteure du texte est Isabelle Girard de Gatineau.