Au total, il y a encore une vingtaine de ménages en hôtel et au moins huit dans des logements de dépannage, selon le coordonateur de l'organisme Logemen'occupe, François Roy.

Toujours présente, la pénurie du logement

OPINION / Dans un article de Mathieu Bélanger, paru dans l’édition du Droit du 5 septembre, Maude Marquis-Bissonnette, présidente de la Commission sur le développement du territoire, l’habitation et l’environnement, laisse sous-entendre que la crise du logement est du passé et qu’elle n’a pas été l’hécatombe appréhendée par plusieurs. À titre d’acteur très impliqué auprès des ménages sans logis, et pour avoir participé à l’ensemble des rencontres du comité relogement multisectoriel de la Ville de Gatineau, je ne partage évidemment pas le bilan de cette dernière ; un bilan qui, à mon avis, refléterait autre chose si celui-ci avait été réalisé avec l’ensemble des partenaires impliqués au sein de ce comité tel que je l’avais proposé.

À peu de choses près, depuis la première rencontre de ce comité, le 5 juillet dernier, celui-ci a traité près d’une cinquantaine de dossiers de ménages à la rue ou « sans chez soi ». Près d’une vingtaine ont dû être hébergés dans des unités de logement de dépannage ou en hôtel. De ce nombre, environ une vingtaine de ménages ont pu être relogés dans le secteur privé grâce à une aide financière sous forme de supplément au loyer (PSL), dans des logements à prix modique de l’Office d’habitation de l’Outaouais ou des logements abordables comme ceux de l’OSBL d’habitation Mon Chez Nous.

Au début d’août, les dossiers des victimes des inondations printanières soutenues par la Croix-Rouge se sont ajoutés aux dossiers de ce comité relogement. À ce moment-là, il y avait près d’une quarantaine de ces ménages sinistrés en hôtel, pour la grande majorité des locataires. Présentement, il y a encore une vingtaine de ménages sinistrés en hébergement commercial. Pour la majorité de ceux-ci, il s’agit de ménages vulnérables qui ont beaucoup de difficultés à trouver un logement à cause de la pénurie de logements abordables.

Au total, il y a encore une vingtaine de ménages en hôtel et au moins huit dans des logements de dépannage.

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N’en déplaise à Mme Marquis-Bissonnette, cette crise était bien présente avant le 1er juillet dernier et l’est toujours puisque tous les jours les organismes communautaires, qui soutiennent les mal-logés, reçoivent demande après demande de personnes et familles qui n’arrivent pas à trouver un logement. À titre d’exemple, au cours des derniers jours, nous avons été interpellés par un couple obligé de vivre dans un cabanon, par une famille avec deux jeunes enfants dont la mère est sur le point d’accoucher qui vit dans une roulotte non chauffée et une famille de 7 enfants qui doit quitter la maison qu’elle occupe à cause d’une reprise de logement.

Ce bilan ne tient pas compte des ménages sans logis soutenus par Accueil Parrainage Outaouais et ni de ceux soutenus par les Centres de femmes victimes de violence. Il ne tient pas compte également des ménages mal logés qui vivent dans des taudis puisqu’ils sont contraints d’y rester faute de trouver mieux ; et pas plus des personnes sans logis qui ont des problèmes de santé mentale. Sans comprendre pourquoi, les autorités municipales ne considèrent pas ces derniers ménages comme des entités victimes de la crise du logement et refusent que ceux-ci puissent bénéficier des mesures d’urgence mises en place par le gouvernement du Québec. Il faut le faire !

De façon générale, contrairement à la crise du début des années 2000, cette crise affecte davantage les personnes vulnérables à faibles revenus, d’où l’importance, à mon avis, de maintenir en vigueur le comité de relogement multisectoriel mis en place le 5 juillet dernier. Même si son mode de fonctionnement était loin d’être parfait et, à mon avis, nécessiterait certains ajustements, ce comité a tout de même permis de résoudre rapidement plusieurs situations souvent enfermées dans des impasses. Malheureusement, lors de la rencontre du 22 août dernier, sans même consulter les membres de ce comité, Mme Marquis-Bissonnette nous a annoncé la fin des travaux de ce comité qu’elle présidait depuis le début juillet.

Bref, en deux mois seulement c’est environ 90 cas que ce comité a traités. Grâce à cela et avec l’aide des mesures d’aide gouvernementale, plusieurs ménages ont pu heureusement être relogés. Malheureusement, quelques dizaines de ces ménages sont encore sans chez-soi et d’autres ménages se rajoutent encore en manifestant clairement leur condition de sans-logis.

Même si cela ne fait pas la une des médias, cette situation démontre très clairement la gravité de la pénurie du logement, qu’elle est toujours présente et qu’elle affecte davantage les ménages vulnérables, les familles nombreuses et les nouveaux arrivants. Avec la construction rachitique de nouveaux logements sociaux, cette situation ne va sûrement pas se résorber par un claquement de doigts au cours des prochains jours. En fait, avec des taux moyens de 0,7% pour le secteur Gatineau, 1,3% pour le secteur Hull et 2,0% pour le secteur Aylmer et des loyers qui augmentent beaucoup plus rapidement que l’inflation, nous estimons que cette crise est très loin d’être une chose du passé comme le laisse entendre dans ses propos la présidente de la Commission sur le développement du territoire, l’habitation et l’environnement.

Dans ces conditions, il nous apparaît impératif que le gouvernement du Québec maintienne en vigueur le programme d’aide aux ménages sans logis mis en place à la fin du mois de juin dernier et, tout aussi important, que la ville maintienne en place ce comité de relogement. À cet égard, le bilan, « jovialiste » et incomplet, que Mme Marquis-Bissonnnette trace après ces deux mois d’intervention ne nous aidera surement pas à convaincre Andrée Laforest, ministre responsable de l’Habitation du Québec, de cette nécessité.

L'auteur est François Roy, coordonnateur à Logemen’occupe.