Amélie Bouchard et Louise-Michelle Verrier, deux mères d'enfants à la Commission scolaire des Draveurs, déplorent le désengagement du ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx.

Taxes scolaires: l'inquiétude de deux mères

Nous sommes perplexes de la couverture médiatique reçue sur le dossier des taxes scolaires en Outaouais. Règle générale, la couverture a manqué de bien décrire les enjeux et les impacts à long terme du statu quo. Mamans d'enfants à la Commission scolaire des Draveurs, nous voilà inquiètes quant au laxisme du gouvernement, quant aux rôle et pouvoirs conférés aux commissions scolaires et quant à la réaction de certains concitoyens. Voici pourquoi.
Il est décevant de constater le désengagement de nos élus provinciaux locaux et celui du ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx. Il désire faire l'analyse des options avant d'agir. Entre temps, ce sont des milliers de contribuables sans enfants qui migrent vers la Western Quebec School Board pour sauver quelques centaines de dollars. Le ministre ne comprend-il pas les conséquences de ces délais pour l'Outaouais ? Et le problème ne fait que s'accentuer. Certains pourront penser que le gouvernement favorise une politique d'assimilation des francophones de l'Outaouais. En effet, est-ce que l'iniquité des comptes de taxes scolaires servirait subtilement à drainer les deniers de citoyens francophones pour les offrir aux anglophones ? Si ceci tient de la paranoïa, les apparences, elles, sont bien présentes.
Nous saluons la coalition de commissions scolaires de l'Outaouais qui a vu le jour pour mettre en lumière la situation. Or, il semble que ce soit trop peu trop tard. Elles souffrent d'un faible capital de sympathie. Elles sont en effet peu vocales en tant qu'outil de gouvernance citoyen et manquent à leur devoir de communiquer clairement leur rôle, voire leur raison d'être. C'est peut-être la raison pour laquelle leurs démarches récentes pour une uniformisation des taxes scolaires ont reçu si peu d'appuis. Le comble est que des pétitions demandant que les parents d'enfants fréquentant les commissions scolaires francophones puissent eux aussi se substituer à leur obligation de payer leurs taxes aux commissions francophones pour cotiser aux commissions anglophones, situation interdite par le règlement.
En Outaouais, des dizaines de milliers de propriétaires sans enfants d'âge scolaire ont redirigé leur contribution à la WQSB pour bénéficier d'un taux d'imposition plus bas. Un « rabais » de quelques centaines de dollars est en effet non négligeable. Or, ne leur est-il jamais venu en tête que ce sera leurs propres enfants, voisins, cousins, amis qui épongeront le manque à gagner ? Que cette migration de fonds pourrait se faire au détriment de la qualité de l'enseignement ? Malheureusement, ces questions ne semblent pas trouver de résonance auprès de la population outaouaise. C'est à croire que l'individualisme s'est implanté avec force et que la notion du « bien commun », celui qui fait prévaloir le bien de tous plutôt que les gains individuels, est en voie d'extinction.
En conclusion, une mise en perspective globale de la crise a été absente du discours médiatique. La couverture superficielle de cet enjeu de société ne fait qu'aggraver la crise et soutient les tenants du désengagement citoyen face à l'éducation de nos enfants. Il ne sera pas surprenant que dans un futur rapproché les voix s'élèvent pour condamner le piteux état de nos écoles de quartier et des services qui y sont offerts. Serons-nous alors disposés à faire le rapprochement avec la situation qui prévaut actuellement ?
Amélie Bouchard et Louise-Michelle Verrier, Gatineau