Le conflit chez Swissport n’est que la pointe de l’iceberg.
Le conflit chez Swissport n’est que la pointe de l’iceberg.

Swissport: si rien ne change, ce ne sera pas la dernière fois

OPINION / Avec la grève des employés de Swissport, chargés du ravitaillement des avions aux aéroports Pierre-Elliott-Trudeau et Mirabel, il est temps que la population comprenne un peu mieux la réalité de ces travailleurs et travailleuses qui y gagnent leur vie. Depuis quelques années, on assiste à une dégradation des conditions de travail, cette détérioration est accompagnée d’une augmentation des responsabilités, de la charge de travail et des risques d’accident.

Par exemple, que ce soit dans des températures de -30 ou de +30, dans une tempête de neige ou un orage, les gens qui ravitaillent les avions à Montréal-Trudeau doivent manipuler seuls de l’équipement lourd et assurer la livraison millier de tonnes de carburant dans un environnement bruyant, stressant et dangereux... tout ça pour un salaire d’environ 16 $ l’heure.

Le conflit actuel n’est que la pointe de l’iceberg. Si rien n’est fait pour corriger la situation la grève et les moyens de pression risquent de devenir les seules façons de se faire entendre pour les travailleurs et travailleuses des aéroports canadiens.

Pour éviter que les employeurs mal intentionnés puissent faire passer le profit avant les êtres humains, nous avons demandé à plusieurs reprises au gouvernement canadien de colmater les trous dans le Code du travail canadien. Malheureusement rien n’a été fait.

Pour avoir le plein contrôle sur les conditions et l’environnement de travail des aéroports canadiens, plusieurs transporteurs et gestionnaires d’aéroports ont recours au « contract flipping ». Le « contract flipping » consiste à relancer un processus d’appel d’offres afin de trouver un plus bas soumissionnaire dans l’objectif de baisser les coûts et d’augmenter les profits. Lors d’un renversement de contrat, les travailleurs et travailleuses perdent leur emploi, leur ancienneté et leur régime de retraite. S’ils veulent ravoir leur emploi, c’est habituellement aux dépens de reculs importants dans leurs conditions de travail et leur condition de vie.

Dans le cas qui nous intéresse, lorsque le contrat de service est passé aux mains de Swissport Fueling Services, on s’était retrouvé avec un nouvel employeur qui refusait d’embaucher aux mêmes conditions des gens d’expérience, ils leur offraient même dans certains cas le salaire minimum ou à peine plus.

Imaginez un instant, ça fait 25 ans que vous travaillez pour un employeur, vous y avez développé vos connaissances et fait progresser vos conditions de travail pendant tout ce temps. Un bon matin votre employeur vous avise qu’il a perdu le contrat de service et qu’à compter de lundi prochain c’est une autre entreprise qui devra assurer le service. Vous apprenez ensuite que vous pouvez postuler pour le même emploi auprès de l’entreprise qui a obtenu le contrat avec les mêmes responsabilités, le même nombre d’heures, les mêmes équipements et que finalement c’est seulement le nom de l’entreprise qui va changer.

Sauf que lorsque vous postulez pour ce nouvel employeur, faire le même boulot ne vaut plus 24 $/h, mais 13 $/h, vous n’avez plus cinq semaines de vacances, mais deux, il n’y a plus de régime de retraite, votre couverture d’assurance collective ne couvre presque rien et finalement le nouvel employeur n’a pas l’obligation de vous embaucher, car vous n’êtes plus syndiqué. Donc si ça ne fait pas ton affaire, dégage !

Cette façon de faire injuste et irrespectueuse n’a pas sa place dans nos aéroports. Il brise des conditions de travail et finit par briser des vies. Il nuit également à la qualité, l’efficacité et la sécurité des services offerts dans nos aéroports. Si rien ne change, le « contract flipping » ne fera que générer de plus en plus de conflits et de perturbation du transport aérien au Canada.

La faute ne repose pas sur les travailleurs et travailleuses ou sur leur syndicat, la faute repose sur le manque de volonté du gouvernement canadien qui refuse de corriger les lois qui permettent à des entreprises d’abuser de leurs employés et qui cultive la colère des travailleurs et des travailleuses. En ce moment, seuls les transporteurs aériens et les gestionnaires profitent de ce genre de pratique.

Notre position est qu’il devrait y avoir une transmission des droits des travailleurs et de la convention collective lors du passage d’un contrat d’un employeur à l’autre. Les soumissionnaires de contrats devraient en tenir compte lorsqu’ils participent à un appel d’offres. Les travailleurs et travailleuses devraient pouvoir maintenir leurs conditions de base et ne pas repartir de zéro dans leur négociation. Autrement nos aéroports vont devenir une fabrique de précarité au travail.

Les voyageurs ont le droit de savoir.

L'auteur de ce texte, David Chartrand, est le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale.