La Chambre des Communes, à Ottawa

Sommes-nous en route vers la parité des sexes aux Communes ?

OPINION / La campagne électorale fédérale de 2019 tire presqu’à sa fin, et déjà les statistiques concernant le nombre de candidates sont encourageantes. Comme nous l’a souligné À voix égales dernièrement, les cinq partis fédéraux principaux ont augmenté le nombre de candidates qu’ils présentent en moyenne de neuf pour cent comparé à leur équipe de 2015.

De façon plus globale si on compte tous les partis et les indépendantes, les femmes représentent actuellement 42 % de tous les candidats fédéraux. Si cette tendance continue, il ne serait pas fou de croire que le Canada pourrait atteindre la parité des sexes d’ici quelques élections, en ce qui concerne les candidatures fédérales.

Il semble qu’on aurait afin une chance d’améliorer notre rang global assez pitoyable de 60e place selon le classement du pourcentage de femmes dans les parlements nationaux de l’Union interparlementaire (UIP). Peut-être on se trouvera finalement parmi le top 50 le 22 octobre?

Malgré cette hausse importante en quatre ans, il ne faut pas négliger de souligner l’effort massif qu’a été requis au fil des ans pour arriver à ce point.  Plusieurs groupes de pression, organismes à but non-lucratif, et bureaux gouvernementaux – incluant À Voix égales, Groupe femmes politique et démocratie, le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, parmi plusieurs autres – ont entamé de vastes campagnes à travers le pays, et pendant des dizaines d’année, afin de responsabiliser les parties pour qu’ils priorisent le haussement du nombre de candidates parmi leur équipe. L’effort des partis qu’a permis d’afficher ces chiffres devraient être reconnu, car chacun des cinq partis principaux ont fait des gains importants. 

Cependant, la plus grande question demeure : à quel point ces chiffres se transformeront en sièges détenus par des femmes à la Chambre des communes le 21 octobre ?

Les candidates de tous les partis se sont souvent plaintes d’être placées dans une circonscription difficile à gagner. Est-ce le cas durant cette campagne actuelle? Et si elles se trouvent à représenter une circonscription où le parti aurait une chance d’emporter le vote, sont-elles suffisamment appuyées par leur parti ? Cette analyse ne pourra seulement être effectuée après le jour du scrutin.

Un autre facteur à considérer est l’avantage du député sortant, et du grand nombre d’hommes qui tenteront de se faire réélire. Avant que l’élection ne soit déclarée, les femmes ne représentaient que 27 % des députés à la Chambre des communes, soit 90 sur 333* (car il y avait cinq sièges vacants). Pour atteindre le seuil de 30 pourcent, elles devront gagner au moins 102 sièges.

Afin de gagner 102 sièges, il faudrait qu’aucune des 80 femmes sortantes qui espèrent être réélues ne perde son siège, et qu’au-delà de ça, au moins 12 nouvelles femmes soient élues députées pour la première fois. 

 Voici quelques courses fédérales serrées, selon les données de Canada338.com (affichées le 15 octobre), qui pourront avoir un impact sur le pourcentage de femmes élues à la Chambre des communes le 21 octobre :

Dans la circonscription de Laurier—St-Marie au Québec, longtemps représentée par la députée néo-démocrate Hélène Laverdière, il se passe une course très serrée à trois entre la candidate Nima Machouf (NPD) et les candidats Steven Guilbault (PLC) et Michel Duchene (PPC).

Dans la circonscription de Milton en Ontario, la députée sortante Lisa Raitt (PPC) est nez à nez avec Adam van Koeverden (PLC), avec 40,7 % versus 37,7 % d’appui.

Dans la circonscription de Brantfort—Brant en Ontario, le député sortant Phil McColeman (PPC) devance légèrement la candidate Danielle Takacs (PLC).

Dans la circonscription de Vancouver—Granville en Colombie-Britannique, Jody Wilson-Raybould, maintenant indépendante, a un léger avantage d’un point contre le candidat libéral Taleeb NoorMohamed.

Dans Markham—Stouffville, la députée sortante est Jane Philpott (indépendante) présentement en troisième place dans les sondages avec 20 % d’appui contre la candidate Helena Jaczek (PLC) qui a 34,4 % d’appui et le candidat Theodore Anthony (PPC) qui a 33 % d’appui.

Malheureusement, quand on l’analyse de façon concrète, la parité nous semble beaucoup plus difficile à atteindre – pas impossible, mais sûrement pas aussi proche qu’on aurait aimé le croire en regardant le pourcentage de candidates en 2019.

Et donc, quoi faire en attendant si on souhaite une représentation électorale plus équilibrée? Dans une campagne, chaque jour compte, et chaque action compte. Il reste encore du temps à trouver une candidate à appuyer concrètement, peu importe la circonscription qu’elle souhaite représenter (car bien sûr, il est possible qu’il n’y ait pas de candidate à appuyer dans votre circonscription, ou que les positions de la /des candidate(s) ne s’alignent pas avec les vôtres.)

En ces derniers jours pré-électoraux, trouvez donc une candidate à appuyer et donnez-lui votre temps en offrant de cogner aux portes pendant quelques heures avec son équipe, en conduisant des électeurs et électrices aux bureaux de scrutins, en faisant des courses pour son bureau de campagne, ou en posant des affiches. Pas le temps ? Faites-lui tout simplement un petit (ou gros!) don monétaire en ligne.

Avec toute l’attention portée sur l’égalité des sexes d’ici les dernières années, soit par les médias, les gouvernements, l’ONU, et maintenant en voyant le nombre plus élevé de candidates en place, il serait facile de lâcher légèrement la pédale. Par contre, l’égalité des sexes en politique est encore assez loin de devenir une réalité, et rien n’empêche qu’on pourrait même reculer. Par conséquents, les efforts en faveur de la parité ne doivent cesser, la pression sur les partis doit être soutenue, et nous devons continuer de bien porter attention à cet enjeu démocratique.

 Pour le moment, souhaitons au moins élire 102 candidates le 21 octobre – un pas plus proche envers la parité des sexes en politique et un objectif nécessaire pour atteindre une démocratie beaucoup plus représentative.

L'auteure du texte est Catherine Fortin LeFaivre, vice-présidente chez Innovation sociale et marketing, Impact Affaires publiques, Ottawa.