Le mardi 20 août dernier, une famille de 7 personnes du secteur Masson-Angers s’est retrouvée carrément à la rue après l’effondrement de la maison qu’elle louait depuis les quatre dernières années.

Sept personnes à la rue: dans quelle société vivons-nous?

OPINION / Le mardi 20 août dernier, une famille de 7 personnes du secteur Masson-Angers s’est retrouvée carrément à la rue après l’effondrement de la maison qu’elle louait depuis les quatre dernières années. Suite à une ordonnance du Service de sécurité incendie de la Ville de Gatineau, les parents et leurs cinq enfants ont dû abandonner cette maison pour des raisons de sécurité et de salubrité. Comme cela se fait dans la grande majorité des sinistres, la Croix-Rouge a offert à cette famille, à la rue et sans ressources, un hébergement d’urgence pour les trois jours suivant ce sinistre.

Après, soit le vendredi 23 août, à la suite de nombreuses recherches infructueuses d’un nouveau logement approprié et ne sachant où aller, les parents de cette famille, de concert avec Logemen’occupe, ont demandé une prolongation des mesures d’hébergement en motel auprès des autorités responsables de la Croix-Rouge et de la ville de Gatineau comme le prévoit la procédure établie. Le même jour, des demandes de soutien ont également été faites auprès du CISSSO et du Service d’aide à la recherche de logement (SARL) de l’Office d’habitation de l’Outaouais.

Malheureusement, et malgré le stress « majeur » qu’une telle situation entraîne, cette famille n’a reçu aucun soutien des organismes publics identifiés précédemment. Malgré les énoncés des Politiques de développement social et d’habitation de Gatineau et du Programme d’aide aux ménages sans logis mis de l’avant par le gouvernement du Québec le 1er juillet dernier, cette famille démunie est laissée seule devant cette tragédie. Mis à part un soutien limité de Logemen’occupe et des Œuvres Isidore Ostiguy pour assurer son hébergement d’urgence en motel et une aide à la recherche de logement, à ce jour, cette famille n’a reçu aucune aide concrète de nature psychosociale et aucune au niveau de ses besoins d’hébergement tel que le commande ce type de tragédie.

Vivre un tel sinistre constitue un phénomène extrêmement stressant : il est à la fois imprévisible et il est impossible d’exercer un contrôle sur celui-ci. Il y a aussi une composante affective particulière qui est en cause lors d’un tel événement : le logement constitue habituellement le lieu où l’on se sent en sécurité, un refuge où l’on peut se reposer et se retrouver en famille. Quand ça devient un lieu hostile ou inhabitable, la sécurité tombe. C’est comme si le plancher glisse sous tes pieds. Pour certaines personnes sans ressources comme cette famille, ça peut être extrêmement traumatisant. Au-delà des pertes matérielles, ces moments sont particulièrement éprouvants et difficiles sur le plan psychologique, surtout en période de rentrée scolaire.

L’intervention en situation de crise doit être simple et facile d’accès, ainsi que centrée sur le ici et maintenant. On ne doit pas attendre que les gens viennent demander de l’aide ou de l’information. La dernière chose à faire auprès de personnes qui éprouvent de la détresse psychologique est de tenter de minimiser ce qu’ils peuvent vivre ou ressentir, et de leur dire que la situation pourrait être pire.

Un des éléments de vulnérabilité important, susceptible d’aggraver l’état de santé et d’équilibre des personnes sinistrées comme ceux de cette famille est l’état d’isolement et d’abandon dans lequel ils se retrouvent. La littérature scientifique et les pratiques exemplaires reconnus stipulent qu’il est important d’accompagner très rapidement ces personnes, d’être attentif à leurs besoins et être à leur écoute.

Normalement, les éléments qui doivent être pris en considération dans une situation semblable sont l’évaluation des dommages provoqués, les services requis et les partenaires nécessaires pour faire face à la situation. Si les interventions requises débordent du cadre des activités normales d’un établissement, d’un organisme ou d’une ressource et que la situation requiert des ressources inhabituelles, la coordination devrait être prise auprès d’une instance régionale.

Tel que stipule la Politique nationale de lutte à l’itinérance du Québec, l’itinérance est un problème de société. Le respect des droits les plus élémentaires ne peut être réduit à une simple question de responsabilité personnelle, à une affaire privée ou à l’action d’une seule organisation. Il faut se reconnaître une responsabilité collective vis-à-vis de cette question et prendre les dispositions nécessaires pour réintégrer dans la société celles et ceux qui se retrouvent déjà en marge de cette société et pour éviter que d’autres ne s’y engagent.

Au niveau de l’intervention offerte auprès de cette famille sinistrée comme auprès de plusieurs autres sinistrés des inondations et des tornades, force est de constater que ces mesures d’intervention n’ont jamais été appliquées concrètement. Pire, cette famille a été complètement ignorée et oubliée par les services publics et la communauté. N’eût été des interventions de Logemen’occupe, celle-ci se serait retrouvé carrément à la rue. Un chien ou un chat abandonné aurait reçu plus d’attention et de services.

Dans quelle société vivons-nous pour accepter autant d’indifférence ?

François Roy

Coordonnateur,

Logemen’occupe