La francophonie en milieu minoritaire au Canada est souvent ignorée dans l’espace public.

Se construire malgré un miroir déformant

OPINION / L’image sociale la plus répandue des communautés en milieu minoritaire est souvent définie par la majorité et non par les francophones eux-mêmes. Cela rend d’autant plus pressants les efforts visant à favoriser la construction identitaire auprès des jeunes.

Outre la faiblesse des nombres, une des plus grandes contraintes du contexte minoritaire est la difficulté des francophones à concevoir une image positive de leur destin collectif.

La francophonie canadienne est assaillie par des discours défaitistes ou tendancieux que certains portent à son égard. Les voix, récits historiques ou aspirations des communautés francophones ne sont pas toujours entendus ou bien compris par les autres.

Dans plusieurs milieux au Canada, l’espace public ignore la francophonie. La présence française dans les médias, les débats publics ou la politique est faible. Les noms de lieux, les commerces et l’affichage semblent faire abstraction du fait français. L’absence d’offre active de services en français, qu’ils soient publics ou privés, repousse les francophones à la marge.

La majorité se montre plutôt indifférente à l’égard des francophones. Certains leur sont hostiles alors que d’autres tendent à méconnaître leurs besoins. Ce qui est considéré comme étant vital par la communauté est jugé comme étant superflu par d’autres. La majorité ne se soucie guère de la dimension francophone de la capacité linguistique des juges, de l’immigration ou de la petite enfance alors que les francophones y voient des enjeux cruciaux.

Un des effets pernicieux de cette incompréhension majoritaire est la propension à dénaturer et marginaliser ces identités fragiles. Lorsque la majorité fait la sourde oreille aux francophones, parle en leur nom ou décide à leur dépend, elle brouille leurs efforts de perpétuer leur identité.

La vision majoritaire du sort des communautés peut même agir comme un miroir déformant. À la longue, l’indifférence et l’incompréhension de la majorité peuvent s’insinuer dans l’ethos des communautés francophones. Cette pression du milieu semble réduire l’éventail des projets que les communautés imaginent pour elles-mêmes. Quand les francophones se perçoivent à travers les lorgnettes de la majorité, ils perdent leur emprise sur leur destin collectif.

Construction identitaire

Le milieu scolaire de la francophonie canadienne a bien compris les processus aliénants à l’œuvre et leurs effets sur les jeunes. Les pédagogues, enseignants et administrateurs se mobilisent pour contrer les effets délétères de cette déformation identitaire.

Depuis une bonne décennie, ils ont développé des modèles et outils de construction identitaire qui inculquent aux jeunes une vision positive de leur identité. Il y a aussi des politiques d’aménagement linguistique et culturel qui encadrent ce travail essentiel.

La construction identitaire n’est pas un repli sur soi ou une fermeture à l’autre. Il s’agit au contraire d’une vision dynamique et positive de l’identité linguistique. On outille les jeunes à concevoir leur épanouissement individuel en tenant compte de leur environnement.

Les jeunes se voient comme les artisans de leur destin et non prisonniers du contexte minoritaire. L’objectif de cette construction identitaire est de remplacer une vision impuissante par une identité pleinement consciente de son pouvoir véritable. 

Au lieu d’être perçue comme un boulet ou un frein au développement, la francophonie devient une partie intégrante et affirmative de l’identité des jeunes.

En contexte minoritaire, il importe de valoriser la créativité et l’imaginaire collectif. L’école de langue française est un des lieux susceptibles de donner aux jeunes et aux citoyens les idées et les moyens de leurs ambitions.

Ricky G. Richard, Collaboration spéciale