Gaétan Barrette

Santé: le mal français

OPINION / Le système de santé du Québec est malade. Il semble avoir attrapé ce qu’Alain Peyrefitte décrivait comme le « mal français » et qui consiste à créer toujours davantage de structures improductives pour régler des problèmes de fonctionnement; à multiplier ad nauseam les normes pour encadrer les intervenants sur le terrain; à centraliser les décisions qui ont trait aux opérations; à accentuer le contrôle des organisations plutôt que d’accroître leur capacité d’adaptation continue au changement; et finalement à favoriser un cloisonnement propice aux luttes de pouvoir.

Nombreux sont ceux qui depuis deux décennies se sont attaqués à la solution de ce méga-problème et qui s’y sont cassé les dents. Le dernier en date, le Dr Gaétan Barrette, a réussi en trois ans à créer le chaos et le désarroi dans le système par ses méthodes autoritaires, sa mauvaise foi et son arrogance à l’égard des parties prenantes dans le système de santé et du public.

Il y a, il est vrai, de multiples explications possibles à cette impuissance, mais elle vient à la base d’une erreur de perspective. On est arrivé avec le temps à assimiler le système de santé à une entreprise de production industrielle qui serait dotée d’une division tayloriste du travail.

Or, il s’agit plutôt en l’occurrence d’un service public à très forte intensité de personnel et de technique, incompressible au-delà d’une limite qui ne devrait pas dépasser l’optimum physique, technique et humain de l’organisation. Un travail d’équipe serré et dévoué à la mission stratégique de chaque unité de soins y est requis. Les décisions doivent s’y prendre au niveau approprié le plus près possible de l’action, loin des superstructures administratives.

Chaque unité de soins comporte dans son organisation un double système humain (motivation) et technique (technologie et procédés) d’organisation qui doit être finement harmonisé et optimisé pour réaliser sa mission. L’harmonisation devrait se faire en faisant appel le plus possible à la participation coopérative directe de ceux qui y travaillent. Ils connaissent en effet mieux que quiconque les besoins et pourraient en retour en tirer une motivation et une satisfaction accrue au travail.

En résumé, le rééquilibrage pérenne de notre système de santé passe par l’implication active et volontaire de tous les travailleurs et travailleuses du milieu de la santé. Si non, le travail sera toujours à refaire et la santé va demeurer encore longtemps une source d’insatisfaction et de mécontentement pour les citoyens.

Jacquelin ROBIN, Gatineau