Il importe aussi de souligner plus fortement les problèmes structurels auxquels sont confrontées toutes les constituantes du réseau de l’Université du Québec (dont l’Université du Québec en Outaouais).

Salaires et sous-financement à l’Université du Québec

Lise Bissonnette, présidente du conseil d’administration de l’UQAM, s’est récemment élevée contre « l’iniquité absolument flagrante » dans la rémunération des recteurs d’universités québécoises. Comme le soulignait Le Devoir (10 janvier), « les 10 recteurs les moins payés au Québec sont ceux du réseau de l’Université du Québec ». Nous partageons volontiers son indignation, de même que son jugement quant au fait que ce désolant écart n’est que « le symptôme d’un mal beaucoup plus profond », aux conséquences plus vastes et plus graves encore, touchant le sort réservé par le gouvernement et nombre d’acteurs politiques au réseau de l’Université du Québec.

Nous estimons cependant nécessaire de soulever une inquiétude quant aux solutions susceptibles d’être apportées au sujet de l’inégal traitement des recteurs d’universités. 

Il importe aussi de souligner plus fortement les problèmes structurels auxquels sont confrontées toutes les constituantes du réseau de l’Université du Québec (dont l’Université du Québec en Outaouais).

Ces dernières sont directement soumises aux décrets gouvernementaux, pour ce qui est de la rémunération des recteurs, alors que les universités « à charte » peuvent agir comme bon leur semble, fût-ce pour verser 1 million $ en indemnité de départ, comme l’Université Concordia l’avait fait il y a quelques années. Que le gouvernement intervienne pour imposer « une certaine sobriété », selon les mots de la ministre Hélène David, nous ne pourrions qu’applaudir. 

Si, inversement, on devait chercher à résorber l’écart en haussant démesurément les salaires des recteurs de l’Université du Québec, cela risquerait d’entraîner une envolée générale de la rémunération des dirigeants d’université, cadres supérieurs compris. 

Cette spirale inflationniste est déjà bien amorcée dans les universités britanniques et américaines. Les salaires de près de 800 000$ des dirigeants des universités de Bath et de Birmingham ont suscité une vive polémique, l’automne dernier. Sans surprise, la situation est pire encore aux États-Unis où pas moins de 58 présidents d’université ont obtenu plus de 1 million $ en salaires, bonus et autres compensations différées, en 2015. Cette course vers les plus hautes rémunérations (mais seulement pour les dirigeants, pas pour les professeurs, chargés de cours et employés de soutien) est une menace qui doit à tout prix être évitée, non seulement parce qu’elle cause des dépenses majeures, sans retombées positives équivalentes pour les universités en question, mais aussi et surtout parce qu’il s’agit d’une autre conséquence des forces qui cherchent à transformer les universités en entreprises. Le savoir n’est pas une marchandise, mais un bien commun, doit-on le rappeler une fois de plus?

C’est précisément parce que le savoir est un bien commun, devant être accessible, aisément et également, à l’ensemble de la population québécoise, quel que soit le lieu de résidence, le niveau de richesse économique ou culturelle de la famille, que le réseau de l’Université du Québec fut créé. 

Depuis, ce réseau a largement atteint les objectifs qu’on lui fixait : les UQ ont formé des centaines de milliers d’étudiants, ont développé des programmes de formation originaux et respectés aux trois cycles universitaires, ont structuré des recherches de pointe dans de nombreux domaines, en plus de nouer des liens forts avec leurs milieux respectifs. Et pourtant, l’UQ est mal aimée, souffre d’un « mépris général » de la part de la presque totalité de l’Assemblée nationale, selon les termes même de Mme Bissonnette. Si ce préjugé, tout désolant qu’il soit de la part de politiciens envers une des grandes institutions nationales, n’avait pas d’autres conséquences, les professeurs des constituantes de l’UQ pourraient hausser les épaules et se fier au jugement des étudiants et de leurs pairs, au Québec et à l’étranger. Un jour, peut-être, découvrira-t-on dans les ministères et officines parlementaires que c’est entre autres grâce à l’apport de l’UQ que le système universitaire québécois a pu se développer au point de se comparer sans rougir à celui de n’importe quel autre pays. 

D’ici là, le réseau de l’UQ doit lutter avec un sous-financement structurel, qui l’accompagne depuis sa fondation, sous-financement aggravé par celui qui affecte l’ensemble des universités québécoises, suite aux coupures des récentes années d’austérité budgétaire, tant dans le financement de base que dans le financement de la recherche fondamentale et de la création. 

Le financement de la recherche fondamentale et de la création est aussi anémique en provenance du gouvernement fédéral. Ce sous-financement du réseau de l’UQ, comparé aux universités à charte, fait la démonstration de la mésestime de notre gouvernement envers son réseau public, bien davantage selon nous que le déséquilibre entre les salaires des recteurs. En cette année commémorant le 50e anniversaire de la création du réseau de l’Université du Québec, il serait grand temps de corriger ce déséquilibre structurel.

Le texte a été écrit en collaboration par :

  • Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais
  • Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal
  • Syndicat des professeur(e)s de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
  • Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Trois-Rivières
  • Syndicat des professeurs de l’Institut national de la recherche scientifique
  • Association des professeurs et professeures de l’École de technologie supérieure