L'unilingue anglophone Peter Sloly a été nommé à la tête du Service de police d'Ottawa le 26 août dernier. M. Sloly entrera en fonction en octobre prochain.

Révision de la Politique de bilinguisme d’Ottawa

OPINION / Le nouveau chef de police de la Ville d’Ottawa, Peter Sloly, n’est pas en mesure de comprendre et communiquer en français. Pour une ville déclarée bilingue et la capitale du Canada, ceci est très décevant pour les francophones. Certes, on doit encourager celui qui devient le premier dirigeant du Service de police d’Ottawa d’apprendre le français, mais ceci démontre encore une fois, les grandes lacunes de la Politique de bilinguisme de la Ville d’Ottawa.

Cet apprentissage de l’autre langue officielle peut se faire rapidement si l’on tient compte de l’expérience de Michael Ferguson, l’ancien Vérificateur général du Canada qui a dans un cours laps de temps appris le français afin de satisfaire aux besoins de communication avec les francophones.

Le poste de chef de police n’exige pas la connaissance des deux langues officielles. De plus, la Politique de bilinguisme de la Ville d’Ottawa ne s’applique pas à la Commission des services policiers qui a la responsabilité exclusive de recruter et nommer le chef de police. En vertu de la Loi sur les services policiers de l’Ontario, la Commission est indépendante de la Ville d’Ottawa et par ricochet, exclue de la Politique de bilinguisme de sorte que le conseil municipal n’est pas impliqué dans la sélection du chef de politique de la municipalité. Toutefois, la Ville d’Ottawa peut suggérer des éléments de qualification à la Commission des services policiers, dont la connaissance des deux langues officielles.

Rien n’exclut de prévoir suite à une révision de la Politique de bilinguisme de la Ville d’Ottawa, l’obligation dans un temps donné d’être capable pour une liste de postes ciblées au sein de la Ville d’Ottawa de communiquer dans les deux langues officielles. Ceci exige au départ de revoir la Politique de bilinguisme et travailler avec la municipalité afin de mieux définir les exigences linguistiques de postes clés et en particulier, ceux qui exigent de communiquer avec le public.

Mais aussi, il est nécessaire de mieux encadrer le bilinguisme au sein de la municipalité incluant l’offre active avec des normes et échéanciers. Ainsi, il existe des secteurs prioritaires de la Ville d’Ottawa où l’on doit maintenir un haut standard immédiatement de bilinguisme par suite d’une concentration de la population francophone. Cette obligation doit être articulée afin de bien guider la fonction publique municipale dans la prestation des services dans les deux langues officielles. Ceci revient aux francophones de prendre le leadership dans le dossier et de travailler directement avec la municipalité et le conseil municipal afin de réviser la Politique de bilinguisme et la gestion des services dans les deux langues officielles.

Il faut travailler ensemble immédiatement afin de concrétiser dans le quotidien la désignation du bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa. Des consultations seront nécessaires afin que certaines affiches commerciales par exemple soient dorénavant dans les deux langues officielles, en passant par un mécanisme simple et souple de correction des plaintes lorsqu’il y a un manquement à la Politique de bilinguisme.

Cette politique doit être actualisée en tenant compte de l’image d’une capitale d’un pays qui valorise la dualité linguistique. L’objectif de la révision n’est pas de revoir les relations de travail, mais plutôt de fixer des exigences futures afin de mieux offrir un service municipal respectueux de la réalité démographique francophone. De plus, il faut mieux identifier les postes qui exigent de communiquer avec le public dans les deux langues officielles.

Le gouvernement du Canada a le devoir de s’impliquer dans le dossier de la révision de la Politique de bilinguisme en offrant un appui à l’apprentissage du français auprès de fonctionnaires municipaux ciblés. La Commission de la Capitale nationale doit appuyer de son côté l’image commerciale bilingue au sein de la région incluant les communications avec les citoyens et offrir des moyens afin que le public canadien soit capable de vivre l’expérience d’une capitale officiellement bilingue, respectueuse de la dualité linguistique canadienne.

L'auteur est Gilles LeVasseur, professeur en gestion et en droit à l'Université d’Ottawa.