La rue Laval dans le Vieux-Hull

Remettre les pendules à l’heure

OPINION / Le conseiller du district Hull-Wright, Cédric Tessier, propose un projet pilote permettant aux établissements du secteur Hull de servir de l’alcool jusqu’à 3 h comme partout ailleurs au Québec, incluant les quatre autres secteurs de la Ville de Gatineau.

Il faut rappeler qu’à l’époque, le conseil municipal devait bien mettre fin au grabuge des fêtards pour redorer l’image de Hull. Nous étions dans les années 1980 et 1990. J’ai moi-même été témoin de scènes horrifiques sur la fameuse « strip » de la promenade du Portage. Les portiers, les policiers et les ambulanciers ne savaient plus où donner de la tête. Bravo aux élus de l’époque, en tête de file le conseiller Claude Bonhomme, qui avaient pris les grands moyens pour mettre un terme à une situation inacceptable.

Nous connaissons la suite. Le Vieux-Hull a rompu avec son passé « alcoocentrique » et violent. Mais en revanche, les mesures coercitives, dont celles adoptées en 1997, semblent avoir fait une autre victime de son succès : l’âme du centre-ville est disparue. Le pendule est passé d’un extrême à l’autre, ce qui n’est guère mieux.

Deux faits importants à noter : d’une part, l’Assemblée législative à Queen’s Park autorisa en 1996 de prolonger les heures d’ouverture en Ontario jusqu’à 2 h. Dans les mois qui suivirent, une poignée de bars hullois — dont le célèbre Chez Henri — ont mis la clé dans la porte de façon définitive. Ces nombreuses fermetures sont survenues même si la ville de Hull n’avait pas encore harmonisé les heures de fermeture avec Ottawa. Bref, les Ontariens commencèrent déjà à se divertir chez eux et ignorer l’offre hulloise.

D’autre part, il faut reconnaître que jadis les Québécois et les Ontariens ne fréquentaient pas nécessairement les mêmes établissements nocturnes de « Happy Town ». Les grandes discothèques fréquentées davantage par la clientèle anglophone ne font plus partie du décor de la Promenade. Par contre, certains établissements, dont ceux de l’axe Laval-Aubry, accueillaient une clientèle plus francophone et ils sont parvenus malgré tout à résister à la vague de fermetures. Conséquemment, l’achalandage autrefois biculturel qui fut la source de bien des tensions a fait place à des clients davantage francophones et francophiles.

Force est de constater qu’après 20 ans, les choses ont bien changé. Personne ne veut retourner aux déboires du passé. Considérant que : 

• la clientèle ottavienne avait déjà commencé à délaisser les débits d’alcool de la Promenade avant l’entrée en vigueur du règlement harmonisant les heures de fermeture des deux côtés de la rive ; 

• la presque totalité des établissements qui attiraient les Ontariens à venir s’amuser à Hull ont disparu ; 

• au cours des dernières décennies, Ottawa a connu une recrudescence de son offre nocturne, si bien que ce sont maintenant les Gatinois qui traversent la rivière pour consommer bouffe et boisson ; 

• et que le Vieux-Hull doit être redynamisé, tant sur les plans économique que culturel, le nouveau conseil municipal doit appuyer la proposition de Cédric Tessier.

Le projet pilote proposé est raisonnable et responsable. Il va permettre aux tenanciers de Hull d’être plus compétitifs sans toutefois replonger le quartier dans le désordre d’antan. Il est grand temps de remettre les pendules à l’heure... À trois heures du matin !

Clément Bélanger, Ex-candidat à la mairie de Gatineau