Reconnaître le droit à la santé buccodentaire

Il aura fallu que l’émission La Facture, diffusée mardi soir sur les ondes de Radio-Canada, présente un reportage qui mettait remarquablement en évidence l’une des incohérences de notre système public de santé buccodentaire pour qu’enfin l’État québécois s’engage à analyser la possibilité de financer les traitements requis par des patients dans des cas extrêmes. On pourrait donc croire qu’il y aurait une solution en vue pour les rares cas qui sont évoqués dans le reportage.

Malheureusement, la réalité est tout autre : elle est bien plus alarmante et dépasse largement — de loin — le contenu du reportage.

Sans accabler la ministre de la Santé, qui vient tout juste d’entrer en fonction et qui semble vouloir manifester plus d’écoute que ses prédécesseurs, force nous est de constater que cela fait des années que l’État québécois, tous gouvernements confondus, a indiscutablement fait preuve d’un manque d’intérêt, d’un manque de sensibilité, d’un manque de responsabilité à l’égard de la santé buccodentaire et y a, par conséquent, consacré peu de financement. Les dentistes sont en mesure de le constater au quotidien depuis des années.

Tout notre régime public de soins dentaires, et même au-delà de ce régime, toutes les politiques gouvernementales relèvent d’une prémisse aberrante : la bouche ne ferait pas partie du corps humain, et la santé buccodentaire ne serait pas une composante essentielle de la santé globale.

Comment expliquer autrement le désengagement systématique de l’État de ce champ vital de la santé qui n’a cessé de subir des reculs, notamment avec la diminution de l’âge maximal de couverture des enfants et l’érosion des services assurés?

Comment expliquer autrement le refus systématique de l’État de financer adéquatement le régime public qu’il se disait prêt à élargir dans la mesure où… les dentistes assumeraient eux-mêmes les coûts de cet élargissement?

Comment expliquer autrement le refus du gouvernement de tenir compte des avancées scientifiques dans le domaine buccodentaire et d’ajuster le régime public à cette nouvelle réalité?

Comment expliquer autrement le fait que les personnes vulnérables soient les laissées-pour-compte du régime public de soins dentaires, qui accepte de couvrir les conséquences d’un cancer du sein, mais pas celles d’un cancer de la bouche?

Alors que la ministre de la Santé se propose d’étudier la situation des jeunes patients que La Facture a relatée, nous l’invitons à étudier, avec les dentistes qui sont les garants de la santé buccodentaire des Québécois, la situation dans son ensemble sans se limiter à des cas limites.

Car il va bien falloir un jour se rendre à l’évidence : la bouche fait partie du corps humain et la santé de la bouche est une composante vitale de la santé globale.

Serge Langlois

Président de Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ)