Le drapeau franco-ontarien
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Reconnaissance du drapeau franco-ontarien: Et maintenant?

À vous la parole
À vous la parole
L’Assemblée législative de l’Ontario a adopté à l’unanimité, le 21 septembre 2020, un projet de loi d’intérêt privé reconnaissant le drapeau franco-ontarien comme un emblème officiel de la province.

Les réactions à cette adoption divergent, mais une observation s’impose: la discussion publique qui en découle n’est pas celle que nous devrions avoir. Et maintenant que cette reconnaissance existe, comment en tirer profit?

D’une part, plusieurs se sont réjouis de la reconnaissance obtenue, à la suite du travail de la députée conservatrice Natalia Kusendova. Il faut reconnaître les efforts qu’elle a consacrés pour mener ce dossier à terme. Il s’agit d’un gain qui a une portée symbolique importante, comme le souligne à juste titre l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui témoigne de la contribution de la communauté au développement et à la vitalité de la province.

D’autre part, plusieurs considèrent que l’appui que le gouvernement a donné au projet de loi privé n’est que poudre aux yeux, qu’il masque son inaction sur d’autres dossiers plus importants. Ils auraient préféré que le gouvernement agisse sur des enjeux qui ont un effet plus direct sur le quotidien des francophones, comme l’accès aux soins de santé, au système de justice, à des écoles de qualité équivalentes et à des communications gouvernementales dans leur langue.

Les deux positions se valent et méritent d’être discutées. Mais, l’une comme l’autre ne propose pas de nouvelles pistes d’action à privilégier maintenant que cette reconnaissance est chose faite. Que le geste nous réjouisse ou nous laisse indifférent, il serait regrettable que nous ne fassions que tourner la page sur ce moment. Il faut trouver des moyens pour donner une portée plus pratique au geste symbolique, pour rendre actionnable cette reconnaissance.

Comment cette reconnaissance pourrait-elle se traduire en gestes concrets? Quelques pistes me viennent à l’esprit. Le gouvernement pourrait développer des directives quant à la présence du drapeau à l’Assemblée législative ou lors d’événements publics. Il pourrait veiller à ce qu’il soit présent dans une gamme de documents gouvernementaux et qu’il soit accompagné d’une explication quant à sa signification. Il pourrait être intégré à la formation de nouveaux employés qui intègrent la fonction publique. Il pourrait même être prévu qu’il soit enseigné dans les cours d’histoire ou de citoyenneté dans les écoles anglophones de la province.

Quelles seraient les conséquences de ces gestes concrets? La communauté francophone de l’Ontario disposerait de nouveaux outils pour faire connaître ses défis, ses réalités, ses besoins, son histoire. Une meilleure connaissance de ceux-ci pourrait se traduire par une meilleure intégration de la dimension linguistique dans la prise de décision dans l’appareil public et dans la gestion des services publics.

Toute symbolique soit-elle, cette reconnaissance doit être mobilisée à bon escient. Les défis que rencontre la communauté francophone de l’Ontario s’accroissent, notamment pendant cette période incertaine. Il serait dommage d’échapper ce moment et de ne pas proposer des façons de le rendre encore plus significatif.

Martin Normand, stagiaire postdoctoral, École d’études politiques, Université d’Ottawa