Les pluies torrentielles du 21 juin 2011 ont valu à la Ville de Gatineau une facture de 8 millions $ et tous les schémas d’aménagement de la région ont dû être redessinés après la mise en relief des zones de glissements de terrain.

Qu’est-ce que l’adaptation aux changements climatiques ?

Le niveau de polluants atmosphériques a atteint des niveaux historiques et quoi qu’en disent les négationnistes, il est urgent de réfléchir à intégrer le concept d’adaptation aux aléas du climat comme les inondations ou encore les épisodes de chaleur accablante à notre façon de vivre. Les défis de l’adaptation sont nombreux.

Pour y faire face, il est maintenant possible de quantifier les coûts des changements climatiques ici et ailleurs dans le monde. Le cas de Miami est d’ailleurs bien documenté. La montée du niveau des océans menace la ville et selon une étude américaine menée par Risky Business, d’ici 2050, c’est 152 milliards $ qui menacent les investissements immobiliers à cause des marées hautes en Floride seulement.

En vue de protéger les immeubles sur les côtes et les infrastructures stratégiques tel le réseau d’eau potable, l’administration municipale a décidé de construire une digue de 4 pieds sur le bord de la mer. 

Cependant, les modèles prévisionnels sur l’augmentation du niveau des eaux sont rapidement obsolètes, personne ne peut confirmer pendant combien d’années ces 4 pieds de mur vont pouvoir conjurer les attaques de vagues de l’océan. Sans vision, le problème persiste.

En Outaouais, notre territoire a démontré aussi des vulnérabilités aux changements climatiques. 

Les pluies torrentielles du 21 juin 2011 en sont un premier exemple. En plus des inondations qui ont valu à la Ville de Gatineau une facture de 8 millions $, tous les schémas d’aménagement de la région ont dû être redessinés après la mise en relief des zones de mouvement de masse, c’est-à-dire des zones de glissements de terrain. 

Au centre-ville de Chelsea, près de la route 105, certains investisseurs immobiliers ont perdu beaucoup d’argent puisque leur terrain s’est avéré non constructible du jour au lendemain. 

C’est d’ailleurs pourquoi le train touristique de Wakefield qui empruntait un de ces secteurs à risque n’a pas pu être remis en opération après les pluies exceptionnelles de 2011.

Nous ne pouvons pas passer sur les inondations que nous avons connues à deux reprises cette année.

Encore là, plusieurs ont perdu beaucoup cette année à cause de ces caprices du climat. On peut penser aux citoyens qui ont vu leurs maisons détruites, de la communauté d’affaires qui a subi des pertes ou à la Ville de Gatineau qui a dû intervenir dans cette période de crise et entretenir les infrastructures.

Tout cela nous mène à l’enjeu d’un promoteur qui désire construire un concessionnaire automobile dans une zone 0-20 ans aux abords de l’autoroute 50. Le cas a été largement couvert par Le Droit au cours de derniers jours.

Lors de la prochaine rencontre du conseil, les membres du conseil devront décider s’ils autorisent la demande de changement au schéma d’aménagement municipal pour l’implantation de ce développement commercial sur ce terrain.

Voici quelques questions que devraient se poser les membres du conseil avaient de voter sur cette demande de dérogation :

  • Au niveau économique... comme ce secteur de Pointe-Gatineau n’est pas desservi par des services municipaux, la Ville de Gatineau devrait considérer le risque d’investissement pour développer les services municipaux et évaluer les mesures adaptations qui devront mis en place pour protéger ces investissements contre les prochaines inondations ?
  • Au niveau environnemental... quelle est la valeur des services écologiques que ce terrain offre gratuitement à Gatineau et quelle est l’interaction de cette zone tampon sur les terrains avoisinants ?
  • Au niveau humain... quel est le signal que les élus veulent donner au citoyen qui a tout perdu cette année ?

Le climat de la Terre change vite, plus que les prévisions scientifiques le prévoyaient. Est-ce que le conseil de la Ville de Gatineau est capable de s’adapter aussi vite ? Changer, c’est s’adapter !

L'auteur est Benoit Delage, Directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais