François Roy, Coordonnateur de Logemen’occupe

Québec ne doit pas abandonner le logement social

OPINION / À quelques semaines du budget du 21 mars, le FRAPRU et Logemen’occupe demandent au gouvernement Legault de relancer de manière ambitieuse le programme AccèsLogis et de réinvestir dans le logement social, afin de contrer la pénurie de logements locatifs qui atteint déjà plusieurs villes.

Cette année, les conséquences du sous-financement dont souffre le programme AccèsLogis, le seul qui permette de réaliser des logements sociaux et communautaires au Québec, ont atteint un sommet, empêchant la réalisation de milliers de logements coopératifs et sans but lucratif. Seulement 731 nouveaux logements sociaux, soit moins du quart des 3000 unités annoncées lors du dernier budget québécois, sont effectivement sortis de terre.

Non seulement le nombre de logements sociaux et communautaires budgétés annuellement depuis 10 ans est insuffisant, mais une proportion considérable des unités annoncées n’a pas été réalisée. Il n’y en a pas moins de 15 000 qui ont fait l’objet d’annonces budgétaires au cours de la dernière décennie, mais qui n’ont pourtant jamais été réalisés. En choisissant délibérément pendant des années de ne pas indexer le programme AccèsLogis, le Québec a abandonné carrément les personnes mal-logées. Cela devrait nous scandaliser, surtout sachant que 244 000 ménages locataires vivant dans un logement trop cher, insalubre ou trop petit ont des besoins impérieux de logement, dont 11 040 en Outaouais.

Lors de la campagne électorale de septembre dernier, la Coalition avenir Québec a promis de livrer pendant son premier mandat ces logements sociaux annoncés mais pas encore construits. Mais récemment, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, indiquait que le gouvernement Legault est en attente de l’aide financière du fédéral pour aller de l’avant. Un tel scénario doit être rejeté. Québec doit effectivement aller chercher sa juste part des fonds fédéraux prévus dans la Stratégie canadienne sur le logement, mais ces sommes doivent servir à planifier encore plus de logements sociaux, pas à délester le gouvernement québécois de ses responsabilités et à éponger la facture des négligences antérieures.

Si le gouvernement Legault tarde à livrer les logements attendus et n’utilise pas les fonds fédéraux pour en faire davantage, le FRAPRU craint une détérioration rapide de la situation du logement. Les données les plus récentes du Rapport sur le marché locatif de l’automne 2018 de la Société canadienne d’hypothèques et de logement sont en effet alarmantes. Dans plusieurs villes québécoises, les taux d’inoccupation des logements locatifs dégringolent en dessous du seuil dit d’équilibre de 3 % et les loyers y augmentent beaucoup plus rapidement que l’inflation. Avec un taux d’inoccupation de 0,7%, Gatineau est la grande ville québécoise où la pénurie est la plus sévère. La situation est pressante et cette nouvelle crise s’ajoute aux drames quotidiens vécus par des ménages parmi les plus mal pris.

Faute d’investissements significatifs dès les prochains mois dans le logement social, la pénurie risque de s’aggraver et des locataires, de se retrouver sans-logis ou dans des logements qui les ruinent, comme ce fût le cas au début des années 2000. Déjà, à Gatineau, des familles sont actuellement en grande difficulté, hébergés dans un motel ou un hébergement d’urgence. À Montréal, en pleine période de recherche de logements, plusieurs locataires, craignant de ne pas trouver un logement correspondant à leurs besoins et à leur capacité de payer, font appel aux comités logement.

S’il veut amorcer un « vrai changement » pour les personnes mal-logées, le gouvernement Legault doit faire les choix qui s’imposent. Il ne doit pas, par exemple, choisir d’accorder de nouvelles réductions d’impôts, lesquelles bénéficient surtout aux contribuables les plus fortunés et surtout pas aux personnes mal-logées. Il peut et doit aussi utiliser une partie du surplus de l’année qui s’achève pour rattraper les retards de livraison accumulés dans le logement social. Et, avec le concours du fédéral, il doit en planifier des milliers d’autres, pour mettre fin aux nombreux dénis au droit au logement vécus par nos concitoyens et nos concitoyennes parmi les plus vulnérables. Si on ne le fait pas maintenant, quand le fera-t-on?

François Roy, coordonnateur de Logemen’occupe

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Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain