La rivière des Outaouais, à la hauteur d'Ottawa et de Gatineau

Que restera-t-il des régions?

Le Groupe Capitales médias nous a offert une série de textes sur le thème Choisir les régions. Je salue cette belle initiative qui se démarque de la tendance lourde des présentes années.
J'ai jadis été fasciné par le concept de région. J'en ai fait des études de maîtrise. Quelque part entre la cité et le pays, il y a la région. Au Québec on semble s'y être intéressé avec la Révolution tranquille. On a fait naître les régions administratives du gouvernement du Québec en 1964. En Outaouais, en 1969, on a créé la Communauté régionale de l'Outaouais. Les municipalités régionales de comtés ont suivi en 1979.
La région, c'est la recherche d'un lieu d'appartenance qui soit un peu plus que l'espace où nous vivons, un lieu utilitaire. En voyage, c'était tellement plus joli de dire que nous venions de l'Outaouais plutôt que de Hull. 
« Hull? Oui oui; la petite ville en face d'Ottawa, sur la rive nord de la rivière. De la rivière? Quelle rivière? La rivière des Outaouais! » On y revenait toujours.
Ces dernières années on dirait que la région est devenue juste une structure de trop, encombrante, perçue comme inutile par les décideurs publics. On a assisté à des déconstructions sans percevoir que tout cela était porteur de sens. On a pensé aussi qu'en fusionnant des villes pour les gonfler comme des ballons, celles-ci prendraient la place des régions dans les coeurs identitaires des habitants. Quinze ans plus tard on est encore à se gratter la tête pour trouver la manière de lier entre eux les citoyens de ces méga-machins.
Je soumets que c'est par ses régions que le Québec s'est véritablement développé. Régions ressources certes, mais aussi et surtout par la recherche de l'intégrité du territoire. Depuis le XIXe siècle, nous cherchons à circonscrire l'espace qui nous définit. C'est peut-être ça le défaut des régions; dans ce millénaire qui débute, c'est dorénavant dans l'espace virtuel que les personnes semblent trouver leurs espaces communs. Cela jusqu'au jour où nous aurons besoin du lieu réel pour nous retrouver vraiment. Je ne sais ce qu'il restera alors des régions.
Luc Villemaire, Gatineau