Pendant que vous lisez ceci en prenant votre café matinal, aujourd’hui, trois Québécois décèderont par suicide et 11 autres seront hospitalisés.
Pendant que vous lisez ceci en prenant votre café matinal, aujourd’hui, trois Québécois décèderont par suicide et 11 autres seront hospitalisés.

Prévention du suicide : le contexte local

OPINION / Depuis 30 ans maintenant, l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) consacre la première semaine de février à encourager les conversations sur la prévention du suicide. Pourtant, pendant que vous lisez ceci en prenant votre café matinal, aujourd’hui, trois Québécois décèderont par suicide et 11 autres seront hospitalisés. Ce sont nos amis, nos proches, nos collègues, nos voisins.

Beaucoup de choses ont depuis 30 ans, et grâce aux efforts de pionniers comme l’AQPS, à mesure que notre compréhension s’améliore, nous avons dissipé de nombreux mythes. Nous savons maintenant, par exemple, que le simple fait de demander à une personne si elle a des pensées suicidaires ne « l’incitera pas à se suicider ».

Mais il nous reste toutefois encore beaucoup de chemin à parcourir, notamment au chapitre de la sensibilisation.

De nombreuses études ont démontré que presque toutes les personnes qui décèdent par suicide avaient rencontré leur médecin de famille au cours des six mois précédents.

Or, quelles sont donc les questions que les prestataires de soins primaires ne posent pas et pourquoi? Et comment pouvons-nous mieux les outiller pour répondre aux besoins de santé mentale de leurs patients?

Au-delà de la sensibilisation des professionnels de la santé, nous savons aujourd’hui qu’il est essentiel de sensibiliser le grand public -- un rôle qui incombe aux gouvernements et a la société civile, mais également aux médias.

Or, quoique nous ne pensons plus qu’il soit constructif d’exiger que les médias gardent le silence sur les cas de suicide, nous reconnaissons qu’il est crucial d’aborder le sujet de façon responsable.

Entre éviter une couverture sensationnaliste et faire preuve de retenue quant à la révélation des méthodes utilisées, il existe des moyens d’encadrer un dialogue public sur le suicide qui a terme vont permettre de sauver des vies. Aujourd’hui nous savons, avant tout, que, si le suicide résulte d’une convergence complexe de facteurs sociaux et biologiques, nous pouvons ensemble travailler à forger une société où la prévention est une priorité commune. La Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) a depuis longtemps fait de la prévention du suicide un élément important de son travail, et est toujours reconnaissante des occasions qu’elle a de collaborer avec ses partenaires du Québec et d’apprendre de leur expériences. Grâce à l’expansion d’Enraciner l’espoir, un projet communautaire de prévention du suicide, la CSMC touche environ 1,8 million de personnes dans huit communautés a l’échelle du Canada et confirme que les solutions doivent tenir compte du contexte local et être axées sur la communauté.

Le Dr Brian Mishara, chercheur principal d’Enraciner l’espoir, expert de renommée internationale sur le suicide, professeur à l’Université du Québec à Montréal et cofondateur de l’AQPS, l’a très bien dit lors du lancement du programme en septembre 2019.

Décrivant les efforts des psychiatres et des psychologues qui se sont rendus au Rwanda dans la foulée du génocide, il a expliqué que leurs interventions avaient fait plus de mal que de bien. En fait, leur approche globale face au traumatisme, de l’isolement des patients, à leur traitement dans des salles de consultation, en passant par le fait de leur faire revivre leurs expériences, était aux antipodes de ce qui était adapté d’un point de vue culturel. Pour se sentir en sécurité, les patients avaient besoin d’être dehors au soleil, entourés de leur famille, se rappelant des moments heureux.

Pour ainsi dire, même si les stratégies de prévention du suicide diffèrent peut-être selon la communauté, nous partageons avec nos partenaires du Québec et de partout au Canada la ferme résolution de réduire les ravages du suicide et un plan pour mettre à contribution les forces qu’ils connaissent le mieux.

Dans 30 ans, j’espère que les cas de suicides seront parmi les événements les plus rares parce que nous aurons réussi à encourager des conversations ouvertes et attentionnées, et à mettre en place des mesures de soutien et des ressources pour sauver des vies. Aujourd’hui, au Canada, 11 personnes décèderont par suicide. Demain, ensemble, nous pouvons faire en sorte que cela ne soit plus le cas.

Louise Bradley,

Présidente-directrice générale,

Commission de la santé mentale du Canada