Il a une très grande déception et un sentiment profond de perte et d’attaque auprès des francophones de l’Ontario.

Préparons bien le terrain

OPINION / La décision du gouvernement de l’Ontario d’abolir le projet d’une université franco-ontarienne et le réaménagement du Commissariat aux services en français obligent les francophones de l’Ontario de se rallier et prendre des actions tant politiques que possiblement juridiques afin de récupérer les institutions acquises après de dures luttes. Voilà l’importance pendant des années pour les francophones de l’Ontario d’avoir développé des institutions communautaires pouvant intervenir auprès des instances gouvernementales et protéger leurs droits et intérêts.

Il faut faire la part des choses et ne pas automatiquement associer la situation actuelle à celle de l’hôpital Montfort. Les faits sont différents et il faut prendre le temps de bien étudier le dossier et les principes juridiques qui seront invoqués avant de sauter aux barricades juridiques. On n’abolit pas le droit de faire des plaintes portant sur les services gouvernementaux en français en Ontario, mais plutôt l’entité administrative qui gérait ce service et les droits y rattachés. L’Ombudsman de l’Ontario continuera à gérer les plaintes portant sur l’absence ou les manquements des services en français. Les francophones perdent une organisation administrative qu’ils chérissaient de tout cœur, adaptée à leur besoin, pour retrouver une entité administrative plus grosse et informelle qui offrira les mêmes services de base que le Commissariat aux services en français. Le droit des francophones est toujours existant, mais encadré dans une nouvelle organisation.

Ce qui désole est la perte d’une entité administrative qui répondait aux besoins de la francophonie ontarienne suite à une lutte acharnée pendant des années de la voir inscrite dans la Loi sur les services en français. Le droit existe toujours de portée plainte, mais les francophones de l’Ontario perdent une voix qui parlait pour eux et les comprenait. Le combat est de faire cette place de choix au sein d’une plus grande organisation qui aura de la difficulté à offrir la même visibilité aux problèmes des services gouvernementaux ontariens en langue française.

De même, le projet de l’Université franco-ontarienne requiert une analyse juridique profonde. En effet, à la différence de Montfort, qui était la seule institution francophone de l’Ontario œuvrant principalement en langue française dans le domaine de la santé, il existe déjà des institutions post-secondaires en Ontario qui offrent des cours et programmes en langue française depuis plusieurs années. Il faut prendre le temps de bien étudier le dossier et les principes juridiques qui doivent être invoqués avant de se lancer dans une poursuite juridique. Mal préparer le dossier juridique causera plus de torts aux francophones à long terme, car ceci peut amener un précédent négatif pour d’autres situations à venir.

Si la voie d’une contestation juridique est utilisée, il faut agir dans l’intérêt de la communauté. Ceci exige bien souvent d’accepter de renoncer à un gain économique pour les conseillers juridiques qui seront impliqués dans le dossier. Le militantisme ne doit pas toujours amener un profit économique sur le dos des francophones lorsqu’il y a crise ou misère. Voilà la vraie couleur de l’engagement dans la communauté soit le don de soi et le bénévolat.

Les changements proposés par le gouvernement de l’Ontario nous démontrent encore plus la nécessité de continuer le dialogue avec les conservateurs et de faire valoir nos droits, mais aussi, notre place et notre contribution à la société ontarienne. Nous devons accentuer notre visibilité politique à Queen ’s Park afin d’éviter d’autres mauvaises surprises.

S’il y a quelque chose de positif dans toute cette situation sont la rapidité et la volonté de plusieurs acteurs d’agir et de prendre fait et geste pour la communauté francophone de l’Ontario. Il a une très grande déception et un sentiment profond de perte et d’attaque auprès des francophones de l’Ontario. Toutefois, les francophones somment et serons toujours présents en Ontario!

L'auteur du texte est Gilles LeVasseur, avocat et professeur de gestion et de droit à l'Université d’Ottawa.