Prendre soin des prestataires de soins de longue durée devrait être une priorité absolue

OPINION / Plus de 220 000 personnes au Canada vivent aujourd’hui dans une résidence pour personnes âgées ou un établissement de soins de longue durée. Selon les projections, ce nombre devrait augmenter régulièrement à mesure que la population vieillit. Cette situation pourrait toucher nos parents, d’autres membres de notre famille, nos amis et certains d’entre nous un jour.

Malheureusement, les pénuries de personnel sont devenues une préoccupation permanente pour les maisons de soins de longue durée d’un bout à l’autre du pays. Et l’on prévoit que cette crise en matière de recrutement ne fera que s’intensifier avec l’accroissement de leurs clientèles et le manque de professionnels qualifiés.

Le problème n’est pas uniquement une affaire de chiffres. Selon nos recherches, il concerne aussi la satisfaction au travail des professionnels qui prodiguent des soins à nos aînés parmi les plus vulnérables.

Quels sont les facteurs associés à la satisfaction au travail dans les maisons de soins de longue durée? Et pourquoi s’agit-il d’un enjeu important?

Depuis plus de 10 ans, le programme de recherche Translating Research in Elder Care (TREC), établi en Alberta, collige des données longitudinales robustes qui sont recueillies sur une base ponctuelle auprès des membres du personnel dans 94 centres de soins de longue durée en Colombie-Britannique, en Alberta et au Manitoba. Ces données nous ont servi à analyser, dans une étude récente, le taux de satisfaction au travail des infirmières et d’autres intervenants comme les travailleurs sociaux, les physiothérapeutes et les récréothérapeutes.

Nous avons constaté l’existence d’un lien entre l’épuisement émotionnel et l’insatisfaction au travail. Il s’agit une conclusion importante compte tenu du fait que d’autres études ont montré que le faible taux de satisfaction relevé chez le personnel des maisons de soins de longue durée était associé à une diminution de la qualité de vie des résidents. L’insatisfaction au travail contribue en effet aux roulements de personnel, au piètre état de santé et de bien-être des employés, au risque d’erreur médicale et au risque d’incidents néfastes pour la santé.

Il serait réconfortant de savoir que les personnes chargées de s’occuper de ceux que nous aimons, ou de nous-mêmes un jour, éprouvent de la satisfaction à l’égard de leur travail et disposent des outils et de la formation nécessaires pour se sentir aptes à donner les meilleurs soins possible.

En clair, prendre soin de nos prestataires de soins devrait être une priorité absolue.

La bonne nouvelle, c’est que nos recherches nous apprennent également qu’il existe plusieurs façons d’améliorer le sentiment de satisfaction au sein de ce groupe. Les organisations peuvent agir concrètement en prenant des mesures pour améliorer la formation à l’embauche et en cours d’emploi, accroître le temps passé auprès des résidents et mettre à la disposition des employés des espaces où ils peuvent créer des liens.

Le fait d’améliorer la formation à l’embauche offrirait l’occasion de transmettre aux nouveaux employés une information essentielle sur les valeurs, la philosophie et la mission de l’organisation. Ce qui pourrait en retour favoriser la responsabilisation et le sentiment d’appartenance, deux éléments essentiels à la satisfaction au travail, selon nos observations.

Les prestataires de soins de longue durée ont tous et toutes besoin de sentir que leur travail a un sens et qu’ils disposent de moyens suffisants pour l’accomplir. La possibilité d’accéder à un espace réservé qui leur permettrait de se concerter et de discuter en privé des problèmes pourrait avoir une incidence positive sur la satisfaction au travail des infirmières. Chez les autres intervenants, le fait de pouvoir consacrer davantage de temps aux résidents ou d’échanger avec leurs collègues sur les meilleures pratiques à adopter était associé à un taux de satisfaction plus élevé.

Il faudrait également encourager l’ensemble du personnel à approfondir leurs connaissances sur différents aspects de la prestation des soins aux personnes âgées et à y contribuer le plus possible. Le fait d’offrir aux nouvelles recrues une formation à l’embauche et des occasions de perfectionnement conduit à de meilleurs résultats, tant pour les aînés que pour les établissements.

Les investissements dans la préparation et la formation du personnel sont tout aussi bénéfiques pour les gestionnaires. Dans une étude connexe, nous avons constaté un lien direct entre leur degré de satisfaction au travail et leur capacité d’exercer leur leadership, d’obtenir des résultats, d’étendre leurs réseaux sociaux et de recevoir une solide formation à l’embauche.

Compte tenu du vieillissement de la population au cours des prochaines décennies, nous devrons porter une attention toute particulière à la santé et au bien-être des personnes qui prennent soin de nos aînés. Plus elles seront en bonne santé et heureuses au travail, meilleurs seront les soins que recevront l’ensemble des citoyens et citoyennes.

Laura D. Aloisio,

Coordonnatrice de la recherche,

Programme d’épidémiologie clinique,

Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa

Carole A. Estabrooks,

Professeure,

Faculté des sciences infirmières,

Université de l’Alberta