Selon le site web du ministère de la Santé et des Services sociaux, en 2018, plus de 200 personnes ont attrapé le virus du Nil par une piqûre de moustique. De ce nombre 15 en sont décédées.

Pourra-t-on lutter contre les moustiques en 2019 ?

OPINION / Plusieurs marais ou mares d’eau temporaires se retrouvent un peu partout dans le district du Lac-Beauchamp, secteur où environ 21 000 personnes y habitent. Qui dit marais, dit « eaux stagnantes » ; qui dit eaux stagnantes, dit « moustiques ».

Il y a quelques années, on a découvert une petite grenouille appelée rainette faux-grillon qui s’y était installée. À cause justement de ces marécages qui sont des « usines à moustiques », en 1996, les citoyens demandent et obtiennent de la Ville de Gatineau, un programme écologique de réduction des moustiques à l’aide du produit à base du Bacillus thuriengensis israelensis (Bti). Cette décision leur accorde depuis, une qualité et un bonheur de vivre pendant la saison estivale, cette période de l’année qui est si précieuse et si bénéfique pour tous !

Or, voilà qu’en 2017, le ministère des Forêts a émis une restriction afin de limiter la durée du traitement en raison d’un « principe de précaution » pour cette petite grenouille. 

Cette directive exige que le premier traitement ne se fasse qu’après le 15 juillet de l’année. C’est trop tard ! La prolifération des moustiques est enclenchée et irréversible. La documentation indique que « le premier traitement printanier des moustiques est prévisible et synchronisé avec la fonte des neiges et la crue printanière. À nos latitudes, le traitement printanier est de loin le plus important, son impact est majeur. Il faut savoir que la cohorte de moustiques qui émerge au printemps peut vivre plusieurs mois et piquer à plusieurs reprises. Les traitements subséquents sont de bien moindre importance, étant modulés en fonction des pluies. »

En 2017, exceptionnellement, une inondation majeure a lessivé la grande majorité des bandes riveraines où les moustiques se développent, réduisant du coup les populations de moustiques. Cela fera en sorte que la nouvelle restriction passe plus ou moins inaperçue. Malheureusement, les mois de mai, juin et juillet 2018 passeront à l’histoire, les moustiques nous prennent d’assaut. Abasourdis, on se demande d’où ils viennent ? C’est un cauchemar. Les nouvelles mamans et les bébés sont relégués à leur domicile. Les aînés sont confinés chez eux ou dans leur centre d’hébergement. Les écoliers sont incommodés. Le jardinage, la marche, les jeux et les repas à l’extérieur, c’est fini !

Notons que les effets sur la santé sont à prendre en considération. 

Rappelons que l’objectif du programme de contrôle biologique de Gatineau est de diminuer la nuisance causée par les moustiques de 80 % ou plus. Cela fait toute la différence entre passer l’été à l’intérieur sans bouger ou de profiter pleinement des activités extérieures. Les traitements biologiques réduisent aussi les risques de transmission de maladies. Il faut savoir que le traitement Bti affecte toutes les espèces de moustiques — plus de 60 au Québec — et de ce fait, les populations d’espèces vectrices du virus du Nil occidental sont aussi diminuées et par conséquent, les risques de transmission. Rappelons que selon le site web du ministère de la Santé et des Services sociaux, en 2018, plus de 200 personnes ont attrapé le virus du Nil par une piqûre de moustique, de ce nombre 15 en sont décédées, sans parler des cas neurologiques et des coûts associés.

De multiples études démontrent l’innocuité du Bti depuis plus de 35 ans et un consensus scientifique confirme que ce biopesticide est à très faible impact et sécuritaire pour l’homme, la faune et l’écosystème en général. En continuant sur la voie des restrictions dans les avis fauniques, le Québec s’isolerait complètement du courant mondial qui encourage l’utilisation de moyens biologiques et non chimiques pour lutter contre les insectes piqueurs et vecteurs de maladies. En mars 2018, Santé Canada, dans une Évaluation préalable finale de la souche ATCC13367 de Bacillus Thuriengensis, confirmait l’innocuité du Bti sur l’humain, l’environnement et sa biodiversité.

Résumons. De ce fait, le Bti n’a pas d’impact sur les rainettes. La protection de la rainette faux-grillon et le contrôle biologique des moustiques sont compatibles et doivent cesser d’être en opposition dans notre région. Personne ne peut contester ce point, à preuve, à Gatineau, nous bénéficions du traitement Bti depuis 1996 et cela n’a pas empêché les populations de rainette de bien s’y développer. Comment justifier alors un arrêt des traitements ? Le principe de précaution y perd tout son sens, car il ne prévaut que lorsqu’il y a risque de dommage grave ou irréversible.

Au Québec, le danger réel pour les populations de rainettes est sans contredit la perte d’habitat et les zones humides. Le contrôle biologique permet justement une plus grande acceptabilité sociale à l’égard de ces milieux en permettant aux citoyens de vivre à proximité sans en subir les inconforts et d’encourir les risques de santé.

Le conseil municipal de la Ville de Gatineau est bien conscient des problèmes majeurs qu’occasionne cette restriction injustifiable, la ville a sûrement déjà envoyé une demande d’annulation de cette restriction. De plus, Gatineau souhaite étendre son programme de contrôle des moustiques à l’ensemble de son territoire à compter de 2020, c’est tout dire !

Je suis confiante que le jugement du ministre des Forêts lui fera comprendre l’urgence d’autoriser l’épandage du Bti dès la fonte des neiges du printemps 2019. Notre santé est en jeu !

L'auteure est Suzette Dault, de Gatineau.