C’est la première fois de son histoire que le Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais vote un mandat de grève.

Pourquoi les profs de l’UQO ont voté pour la grève

Les professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais sont sans contrat de travail depuis le 1er mai 2015. Les négociations visant à renouveler ce contrat de travail durent depuis plus de deux ans.

Réunis en assemblée générale spéciale le 19 décembre, les membres du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (SPUQO) ont adopté à 75 % un mandat de grève, assorti d’une banque de 10 heures à exercer au moment jugé opportun, à compter du 8 janvier 2018. C’est la première fois de son histoire que le SPUQO vote un mandat de grève.

L’enjeu de la négociation est celui des objectifs à privilégier : pour les professeures et professeurs, le développement de l’enseignement et de la recherche doit primer sur le développement immobilier.

Le 3 septembre 2015, les membres du SPUQO ont adopté un cahier de demandes articulées autour d’un objectif clair : le développement de l’UQO.

Les demandes visent à assurer le développement de nouveaux programmes que les services aux étudiants soient accessibles, que la taille des groupes soit acceptable, etc. Le soutien au campus de Saint-Jérôme occupe une place importante puisque les professeures et professeurs y manquent de ressources sur les plans académique et administratif.

En ce qui concerne les salaires, le SPUQO demande ni plus ni moins qu’un salaire comparable à celui des universités de taille comparable du réseau de l’Université du Québec afin de pouvoir attirer et retenir des professeures et professeurs à l’UQO.

L’administration soutient pour sa part qu’il manque de l’argent à l’UQO, qu’il faut se serrer la ceinture même si cela implique de réduire le soutien à l’enseignement, les services aux étudiants, etc. Ainsi, l’administration demande d’augmenter le nombre d’étudiantes et d’étudiants par groupe, de « rationaliser » l’offre de cours, etc. L’administration de l’UQO refuse de discuter de l’amélioration du soutien administratif à l’enseignement et à la recherche.

Or, le SPUQO observe que des surplus budgétaires du fonds de fonctionnement — un fonds destiné au soutien administratif à la recherche et à l’enseignement, sont réalisés chaque année… depuis plusieurs années. Surtout, les restrictions imposées au fonctionnement contribuent à générer des surplus qui servent à financer les immobilisations. Au total, au cours des six dernières années, ce sont 15,5 millions $, destinés au fonctionnement, qui ont servi à financer de la brique et du béton.

Les choix de l’administration ont des effets dévastateurs sur le développement de l’UQO et des communautés qu’elle dessert. L’UQO offre des programmes dans un seul des domaines d’études sur un potentiel de 18 dans le secteur des sciences de la santé ; en sciences pures, la proportion est d’un pour 19, de 6 pour 36 en sciences appliquées et du génie, etc. Au total, l’UQO n’offre pas de programme dans 132 des 160 domaines d’études reconnus par le Bureau de coopération interuniversitaire…

Bref, malgré 45 ans de présence en Outaouais, l’UQO n’offre que 18 programmes de baccalauréat alors qu’en Estrie, les citoyens ont accès à 58 programmes ; au Saguenay-Lac-Saint-Jean et en Mauricie, le nombre de programmes s’élève respectivement à 33 et à 32.

L’administration de l’UQO a le devoir de faire le choix du développement de la mission universitaire. Faute de nouveaux programmes, des centaines d’étudiantes et d’étudiants de l’Outaouais et des Basses-Laurentides vont s’inscrire ailleurs…

Elle a aussi le devoir d’assurer la consolidation des programmes existants. La moyenne du nombre d’étudiantes et étudiants dans les groupes-cours à l’UQO dépasse déjà celle des autres universités en région, l’obligation de transformer des cours conçus pour un apprentissage en classe en « supervision individuelle » réduit la qualité des apprentissages, la rationalisation de l’offre de cours est inquiétante, etc. Faute de consolidation, étudiants de l’UQO poursuivent leurs études ailleurs…

Surtout, les choix de l’administration conduisent dans une spirale de décroissance sans fin puisque le financement universitaire repose, à plus de 90 %, sur le paramètre « étudiant en équivalence au temps plein ». La perte (évitable) d’effectifs étudiants entraînera une baisse de financement qui, à son tour, « nécessitera » de nouvelles restrictions qui généreront de nouvelles pertes d’effectifs, etc. C’est le principe de la saucisse Hygrade…

L’attraction et la rétention d’étudiantes et étudiants à tous les cycles sont donc capitales et elles reposent sur le développement de l’enseignement et de la recherche.

Il est urgent d’investir dans la mission universitaire, soit celle de l’enseignement et de la recherche et le premier pas à franchir est de renouveler le contrat de travail des professeures et professeurs pour assurer le développement.

Il sera ensuite impératif d’investir dans l’infrastructure humaine dans son ensemble (chargés de cours, soutien et professionnels, auxiliaires d’enseignement et assistants de recherche) pour appuyer le développement et consolider les programmes existants pour que l’UQO devienne enfin l’université que l’Outaouais mérite et celle que la communauté de Saint-Jérôme espère.

Le texte a été écrit par le conseil exécutif du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais.