Selon le dernier recensement, le Canada compte 1,12 million de ménages locataires ayant des besoins impérieux

Pourquoi le logement est-il absent de la politique ?

OPINION / Énoncer le concept du logement, c’est faire référence au milieu dans lequel les gens passent la majeure partie de leur temps. Il est maintenant reconnu que ce milieu de vie a une incidence prédominante sur notre santé et notre bien-être, tant sur le plan physique, mental que social. L’itinérance ou le fait d’habiter dans des logements précaires ou inadéquats peut avoir des conséquences considérables sur l’état de santé et se traduire par une surcharge du système de soins de santé. Pour cette raison, le logement est largement reconnu comme un déterminant de la santé.

Selon le dernier recensement, le Canada compte 1,12 million de ménages locataires ayant des besoins impérieux. C’est le tiers des ménages locataires qui vivent dans des conditions déplorables ou ont de la difficulté à se loger. Plusieurs grandes villes au Québec et au Canada, dont Ottawa et Gatineau, font face à une pénurie importante de logements locatifs depuis le début du millénaire. Ces données ne tiennent pas compte de l’état lamentable de nombreux logements sociaux déjà bâtis qui ont été négligés pendant des décennies par les gouvernements successifs et qui risquent de disparaître s’il n’y a pas de changement de cap de la part d’Ottawa. Malgré cela et à quelques jours de la prochaine élection fédérale, comment comprendre que cet enjeu important soit quasi absent des débats électoraux et de la couverture médiatique ?

Lancée en 2017 par le gouvernement Trudeau, la Stratégie nationale sur le logement est assortie d’un plan de 55 milliards $ sur dix ans pour améliorer l’accès à des logements à loyers abordables. Les investissements annoncés dans la Stratégie sont étalés sur un horizon de 10 ans et ce sont le plus souvent des prêts, non pas des subventions. Qui plus est, les milliards mis sur la table incluent toutes des contributions de la part des partenaires provinciaux, territoriaux, municipaux et privés, lesquelles sont loin d’être acquises. D’autre part, rien n’a été prévu dans cette Stratégie nationale sur le logement pour développer spécifiquement des logements sociaux. Une partie des sommes, réservées aux provinces, pourrait l’être, mais encore faut-t-il, dans le cas du Québec, qu’une entente soit signée.

En réalité, il s’avère que la Stratégie nationale sur le logement vise essentiellement à soutenir les grands promoteurs privés dans le développement de logements prétendument « abordables », tant en locatif qu’en copropriété divise, Les loyers visés ne sont absolument pas abordables pour les 195 635 ménages locataires québécois et les 8 000 gatinois qui doivent consacrer la moitié ou plus de leur revenu au logement, lequel est de seulement 13 673 $ par an, en moyenne.

Afin de résoudre cette crise qui s’enracine, le futur gouvernement fédéral ne doit plus laisser le marché privé imposer sa loi comme le préconisent le Parti populaire du Canada et le Parti conservateur; il doit investir au moins 2 milliards $ par année dans la réalisation de nouveaux logements sociaux et garantir tous les fonds nécessaires pour maintenir ou remettre en état ceux déjà construits. Ottawa doit aussi garantir à long terme l’accessibilité financière de ces logements sociaux, tant pour les ménages pauvres qui y habitent déjà, que pour ceux qui en auront besoin à l’avenir.

Au Québec, nous avons un programme d’habitation, AccèsLogis, qui a fait ses preuves. Ce programme pourrait être bonifié de façon importante si le gouvernement du Québec pouvait compter sur l’argent d’Ottawa. Tel que réclamé à l’unanimité par les députés de l’Assemblée nationale du Québec, le gouvernement fédéral doit cesser d’envahir ce champ de compétence exclusif de cette province et en venir à une entente asymétrique avec le gouvernement Legault. Ce faisant, cela permettrait la réalisation de plusieurs milliers de nouvelles unités de logements abordables portés par les organismes du milieu.

Comme les promoteurs de logement communautaire, les municipalités craignent également que l’absence d’entente ne finisse par les priver d’opportunités de développement de nouveaux logements sociaux. Le 10 juin dernier, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a écrit au ministre de l’Habitation Jean-Yves Duclos au nom du caucus des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec. L’argent du fédéral est là, mais ne descend pas, alors cela ralentit la réalisation de projets d’habitations. On n’a pas le luxe d’attendre des années.

D’ici les élections, Logemen’occupe espère donc, de l’ensemble des partis fédéraux en lice, des engagements fermes qui iront dans ce sens.

L'auteur du texte est François Roy, coordonnateur à Logemen’occupe.