Martin Théberge

Pour un Radio-Canada fort partout au pays

À Shelly Glover, ministre du Patrimoine canadien,
Au nom des 22 membres de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), des quelque 3000 artistes et des milliers d'artisans et travailleurs culturels que la FCCF représente partout au pays, je vous demande de redonner à la Société Radio-Canada (SRC) les moyens de poursuivre son mandat indispensable à la vitalité culturelle de la francophonie canadienne. Les compressions annoncées en avril et en juin, ainsi que l'annonce du nouveau plan stratégique de la Société, qui prévoit l'abolition de plus de 2000 emplois et des compressions évaluées à plus de 200 millions$, nous font craindre le pire.
Le mandat de Radio-Canada peut se résumer en trois mots: informer, éclairer et divertir les citoyens d'un océan à l'autre, à l'autre et ce, dans les deux langues officielles de façon à favoriser un dialogue pancanadien. Pour répondre pleinement à ce mandat, notre diffuseur public doit bénéficier de moyens suffisants de sorte à ne pas dépendre des cotes d'écoute et des revenus publicitaires. Bref, il est important que Radio-Canada soit un véritable diffuseur public et qu'il se distingue clairement d'une entreprise commerciale par la qualité et la diversité des informations qu'il diffuse et par l'offre d'autres types de programmation haut de gamme.
Ce que la SRC doit être
La SRC doit favoriser le journalisme d'enquête, le documentaire, la variété, la fiction, le rayonnement des arts et de la culture, et servir de vitrine privilégiée à nos créateurs. Il doit être un incubateur de talents artistiques et favoriser la production de contenus canadiens de tout genre en travaillant avec les producteurs indépendants, les réalisateurs, les artistes et les artisans de façon à faire rayonner partout au pays les contenus produits dans toutes les régions du Canada. Il doit avoir les moyens de ces ambitions.
La mise en oeuvre du plan stratégique aura des effets néfastes sur les communautés linguistiques en situation minoritaire. En affaiblissant la SRC, le gouvernement ne peut que fragiliser les liens entre nos collectivités, diminuer le nombre d'emplois culturels dans nos milieux, miner la capacité d'accompagnement du talent artistique de la SRC et, surtout, réduire le rayonnement des artistes et des organismes artistiques et culturels de la francophonie canadienne. Cela amoindrira nécessairement la capacité qu'a la SRC de contribuer à la diffusion de l'identité et des valeurs canadiennes, notamment dans les communautés minoritaires. Cette approche est contraire aux obligations de la SRC et du ministère du Patrimoine d'après la Loi sur les langues officielles.
Un débat public
La FCCF demande donc que soit amorcé un réel débat public pour réfléchir à l'avenir de notre diffuseur public. Il faut cesser de couper dans les budgets de la SRC, et doter plutôt cette institution de moyens et de stratégies à la hauteur de son mandat. Nous vous enjoignons à travailler conjointement avec la direction de la SRC pour assurer son avenir.
Cela ne pourra se faire si les crédits parlementaires continuent à s'effriter. En 2009-2010, chaque contribuable versait annuellement 34$ au financement de la SRC. En 2015, cette contribution aura baissé à 29$. Pourtant, selon une étude de 2004 par le Groupe Nordicité, la part moyenne de financement public, par habitant, reçue par divers radiodiffuseurs publics partout dans le monde en 2004 était de 80$ par année. Un diffuseur public fort partout au pays, dans les deux langues officielles, est une ressource essentielle pour la vitalité culturelle du Canada. C'est pourquoi la FCCF demande que le crédit parlementaire de la SRC soit immédiatement revu à 40$ par contribuable, par année.