Le premier ministre québécois Philippe Couillard

Pour mieux inspirer les «transformeurs» libéraux

OPINION / Ça y est! Le premier ministre Philippe Couillard a trouvé le mot magique qui lui servira d'incantation pour la prochaine année... préélectorale : transformation.
Attendez-vous à entendre son nouveau refrain dès cette semaine, lors de la reprise des travaux parlementaires à l'Assemblée nationale. Comme la réingénierie hier, la transformation de l'État est le nouveau hit des libéraux. Mais je suis loin d'être certaine que la chanson va plaire au public. Déjà, les premières paroles qu'il nous a fredonnées sonnent faux.
Je le cite textuellement : « Il faut parler au monde », « il faut écouter les besoins réels des citoyens. Il faut y répondre. » 
Il lui aura donc fallu trois ans pour comprendre que la mission d'un gouvernement est de répondre aux besoins de la population. 
Mais qu'a-t-il donc fait depuis 2014?
Malheureusement, son gouvernement était trop occupé à « assainir » les finances du Québec pour réaliser que les multiples coupes et compressions dans les services publics allaient justement à l'encontre des besoins des citoyens.
Pourtant, lors du discours d'assermentation de son Conseil des ministres, le 23 avril 2014, Philippe Couillard déclarait : « L'expérience internationale indique que la simple austérité sans changements structurels et mesures de croissance peut ralentir et aggraver la situation. »
Or, c'est exactement ce qu'il a fait. Pendant plus de 40 mois, lui-même et ses ministres ont réduit radicalement les budgets des services à la population, sans égard aux graves conséquences pour les enfants, les élèves, les étudiantes et étudiants, les patientes et patients et les personnes les plus vulnérables. Le gouvernement libéral sabrait dans les dépenses, alors que le premier ministre avait pourtant assuré vouloir « recentrer l'État sur ses missions essentielles que sont la santé, l'éducation et l'aide aux personnes vulnérables ». 
Il ajoutait même : « Guidée par nos valeurs libérales, notre quête d'une plus grande prospérité s'accompagne de la recherche d'une plus grande justice sociale. »
Voilà pourquoi il faut se méfier des rengaines libérales. Les gestes ne suivent pas toujours les paroles. Mieux vaut donc suggérer au premier ministre les actions que nous attendons pour une véritable transformation du Québec.
Pour les enfants, il doit revenir à l'essentiel en misant sur l'accessibilité, l'universalité et la qualité dans notre réseau éducatif public de la petite enfance, tant en Centre de petite enfance (CPE) qu'en milieu familial.
Pour les élèves, il doit mettre fin à son obsession des statistiques et plutôt travailler à leur réussite éducative. Il doit donc passer de la parole aux actes en réinvestissant massivement pour répondre aux besoins des élèves et soutenir le personnel de l'éducation.
Pour les étudiantes et étudiants, il doit revoir le mode de financement des cégeps et universités afin de rompre avec la compétition entre les établissements, en favorisant plutôt la coopération et l'équité.
Pour les patientes et patients, il doit renverser les effets dévastateurs des réformes de son ministre, réinvestir en santé et revenir à une gestion plus humaine du réseau pour contrer, entre autres, la surcharge de travail récurrente du personnel.
Pour l'ensemble des travailleuses et travailleurs, il doit revoir les normes du travail, notamment en haussant le salaire minimum à 15 $ et en augmentant les vacances annuelles ainsi que les congés pour responsabilités familiales. Il doit bonifier de façon beaucoup plus significative le Régime de rentes du Québec. Ce sont des mesures qui bénéficieraient à l'ensemble de la société et réduiraient les inégalités.
Voilà les conseils dont doit s'inspirer Philippe Couillard s'il veut vraiment transformer le Québec pour le mieux-être de la population. À défaut de quoi son discours ne restera une fois de plus que des « paroles..., paroles..., paroles... », comme le dit une autre chanson.
Louise Chabot, Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)