(COMBO) This combination of pictures created on May 07, 2017 shows French presidential election candidate for the En Marche ! movement Emmanuel Macron (L) casting his ballot at a polling station in Le Touquet, northern France, and French presidential election candidate for the far-right Front National (FN - National Front) party Marine Le Pen casting her ballot at a polling station in Henin-Beaumont, north-western France, on May 7, 2017, during the second round of the French presidential election. / AFP PHOTO / Eric FEFERBERG AND joel SAGET

Pour Macron ou contre Le Pen ?

Présenter l'histoire sous ses aspects essentiellement sombres est la tendance dominante chez bon nombre d'analystes et commentateurs des grands débats de société. C'est ainsi qu'après le Brexit et l'élection de Donald Trump, ils attendaient la victoire à l'élection présidentielle française de la candidate du Front national Marine Le Pen, pour appuyer leur thèse selon laquelle la France allait céder au populisme. Ce faisant on oublie ou on occulte, à tort ou à raison, les mouvements de contingences historiques porteurs des valeurs humanistes toujours en action dans la société.
Au lieu de chercher à expliquer l'élection d'Emmanuel Macron par les « bonnes raisons » pour lesquelles 66 % des Français ont voté son mouvement En Marche, on analyse plutôt sa victoire sous l'angle des 34 % qui ont voté pour Marine Le Pen, du taux d'abstention historique de 26 %, des quatre millions de votes blancs. 
Pour certains, le score du Front national est un succès pour cette formation politique d'extrême droite dont le score était en dessous de 1 % dans les années 1970. Mais toujours est-il que malgré cette ascension progressive, malgré les abstentions, etc., c'est pour le mouvement En Marche que les Français ont majoritairement voté. La société française a changé pendant presque un demi-siècle. Enfin, selon d'autres commentateurs la France sort de cette élection avec des « fractures sociales ». Mais en réalité celles-ci existaient avant l'élection. Celle-ci n'a fait que les mettre en évidence.
Les gens votent pour les idées et les institutions qu'ils croient ou pensent correspondre aux valeurs de respect de leur dignité (humaine), répondre à leurs besoins, leurs aspirations et à leurs intérêts. À l'élection présidentielle française du 7 mai 2017, les Français ont voté pour les idées qu'Emmanuel Macron a présentées durant la campagne électorale et dans son premier discours à la nation le soir de sa victoire à savoir : la protection de plus fragiles, la lutte contre toutes les formes d'inégalité et de discriminations, la participation citoyenne à le vie politique, le redressement de l'économie de la France, la reconnaissance des droits des minorités de tous genres, la défense de l'Europe et de ses peuples, la mondialisation, l'immigration raisonnée, la lutte contre le terrorisme au niveau national et international, le développement durable et la lutte contre le réchauffement, etc. 
Tout comme les Américains ont élu Donald Trump pour ses idées (contraires) qu'il a véhiculées durant les campagnes électorales !
Les forces historiques progressistes puisent généralement leurs idées, leurs valeurs dans le patrimoine universel de l'humanisme. Le discours de Macron est celui de la France héritière du siècle des Lumières dont les principes sont, entre autres : la confiance dans la raison humaine pour résoudre les problèmes, la foi dans le progrès social, la tolérance (la relativité universelle). La France c'est aussi Victor Hugo, l'homme politique, qui appelle de tous ses voeux la « République européenne » dans un discours au Congrès de la Paix en 1872. « À coup sûr, cette chose immense, la République européenne, nous l'aurons. Nous aurons ces grands États-Unis d'Europe ».
Les gens ne votent pas contre mais pour les idées et les valeurs auxquelles ils croient pour de « bonnes raisons ». Telle est l'autre explication qu'on peut donner à la victoire d'Emmanuel Macron.
L'auteur, Yao Assogba, est professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais