Le système Phénix était déjà en voie de remplacer le système précédent pour le 1er avril 2006.

Phénix a débuté bien avant 2009

OPINION / L’affirmation de l’éditorialiste Pierre Jury selon laquelle le système de paie «Phénix a commencé en 2009…» n’est pas exacte («Phénix : trois ans de cafouillage», Le Droit, 1er mars).

Je suis un ancien fonctionnaire fédéral qui avait réintégré la Fonction publique en février 2006 après une absence de 10 ans. C’était au ministère des Travaux publics.

Le système Phénix était déjà en voie de remplacer le système précédent pour le 1er avril 2006.

La décision initiale de procéder avait vraisemblablement été prise par le gouvernement libéral au pouvoir en 2005. Les conservateurs nouvellement arrivés au pouvoir en 2006 n’ont fait que poursuivre et empirer cette initiative.

Le cafouillage est apparu dès les premières semaines de 2006.

Mes deux premiers chèques de paie en février 2006 avaient été égarés et retrouvés finalement au mois d’avril. J’ai dû attendre au mois de juin pour régler le versement de ma prime au bilinguisme.

J’ai été témoin d’altercations verbales acrimonieuses entre les fonctionnaires lésés et les préposés du service de la paie. La situation était devenue si tendue que la sous-ministre adjointe aux ressources humaines, Diane Lorenzato,  a envoyé un courriel en mai ou en juin à tous les employés du Ministère (environ 15 000) nous suppliant d’être patients.

Bien que je n’avais rien à voir avec le service de la paie, on m’avait donné une «formation» totalement inutile sur le système Phénix. Je me souviens que l’instructeur était tout aussi confus que mes collègues conscrits et moi. La situation s’était quelque peu atténuée en 2007 ou 2008 mais on entendait encore parler de ratés.

J’ai quitté la fonction publique en 2012 pour aller travailler dans le secteur privé où heureusement les services de paie étaient stables et efficaces.

Phénix est un exemple d’incompétence crasse de la part des libéraux et des conservateurs. Je maintiens que l’admiration béate, voire l’idolâtrie, que l’on voue aux systèmes de gestion informatisés explique en partie les erreurs commises. On s’imagine que l’ordinateur remplace l’être humain parce qu’il est plus efficace et moins cher (et pas syndiqué…). L’autre cause est le bon vieil orgueil de ceux aux pouvoir, qui s’entêtent à perpétuer leur erreur parce qu’ils ont trop peur de la reconnaître et de recommencer à neuf.

Le prix à payer se chiffre en milliards et en années gaspillés.

Shakespeare s’en serait régalé.       

L'auteur du texte est Paul G. Chénard de Gatineau.