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Pénurie de main-d'œuvre: et si on parlait de motivation au travail?

André Verville
André Verville
Lévis
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En réaction au texte La pénurie de main-d'œuvre: talon d’Achille de la relance de Daniel Côté paru le 6 juin, je ne vais pas nier l’évidence : il y a bel et bien une pénurie de main-d’oeuvre à tous les niveaux pour nos entreprises québécoises, qui peinent à la recruter, à la maintenir en poste et à répondre à la demande pour leurs produits et services.

Mais la solution qu’on semble tous enclins à y apporter, soit un appel d’air important d’une main-d'œuvre de l’extérieur, me semble plutôt une solution à court terme qui ne fait pas le bon diagnostic quant au problème auquel nous faisons face.

Il faut préciser que je n’ai rien contre l’immigration. Je suis au contraire convaincu que c’est une source importante d’enrichissement pour notre société. J’en ai plutôt contre ce que les Anglos appellent gentiment le cherry picking que nos règles d’immigration font à leur égard, ce filtre qui vise à en sélectionner les individus qui font notre affaire pour rejeter les autres.

Revenons au problème. Une société qui ne peut pas se suffire à elle-même par la main-d’oeuvre issue de sa propre population ne souffre pas de pénurie de main-d’oeuvre, elle souffre plutôt d’un problème de disponibilité de sa population active. 

J’entends par là que le niveau de vie de sa population s’élève au point où une partie de celle-ci n’y trouve plus de motivation suffisante pour l’amener à travailler. Notre population, repue, se met à travailler moins et à délaisser les emplois moins rémunérateurs ou ceux dont la tâche est trop difficile. 

Le meilleur exemple est celui du travail aux champs: délaissé par nos concitoyens parce que difficile, nous comptons de plus en plus sur des travailleurs étrangers saisonniers qui ont, eux, la couenne plus dure pour du travail de cueillette, souvent accroupi et en plein soleil. Et depuis que notre industrie de la restauration a pour ainsi dire laissé tomber sa main-d’oeuvre à cause de la pandémie, on doit s’attendre à ce qu’elle aussi ait de la difficulté à convaincre son personnel à la plonge de revenir une fois la crise passée, même si elle leur consent de meilleurs salaires.

Nous avons pourtant mécanisé et informatisé un grand nombre d’emplois depuis les dernières décennies, mais on dirait que rien n’y fait. Notre population travaille de moins en moins et s’abreuve de plus en plus volontiers aux programmes d’assistance de nos gouvernements. Les généreux programmes d’aide de la pandémie en ont ajouté une couche. Dans certaines régions du pays, il était déjà devenu normal et souhaitable de vivre d’un travail saisonnier une partie de l’année et de compter sur l’assurance-emploi pour le reste, allant jusqu’à un «bel équilibre» 50-50. Imaginez maintenant.

Eh bien, pour chacun de ces citoyens qui trouve normal de ne pas vivre à 100% du salaire associé à la prestation de travail qu’il pourrait fournir à la société durant la partie active de sa vie, il faut combler le vide à quelque part. Le faire par des immigrants travailleurs et actifs va apporter un baume à court terme mais ces gens vont faire des enfants, ils vont vieillir et fusionner avec la population: le long terme n’y verra aucune différence.

Le problème de notre société n’en est donc pas un de disponibilité de main-d’oeuvre, mais plutôt de la motivation au travail. Et comme notre société semble s’enrichir, je serais surpris que les choses aillent en s’améliorant. On doit se rendre à l’évidence: le loisir remplace le travail, petit à petit, mais inexorablement et le manque de motivation au travail est là pour rester, du moins tant que nous serons suffisamment riches et disposés à payer à ne rien faire des gens en pleine possession de leurs moyens physiques et mentaux et à les remplacer par des immigrants, eux, plus motivés à améliorer leur sort.

Notre société plus juste et égalitaire a un coût et je crois que nous devons l’assumer entièrement: une baisse significative de la motivation au travail. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs!