Dans quelques jours, le couperet annoncé par le gouvernement Ford tombera sur le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF).

Où en est-on avec l’Université de l’Ontario français?

OPINION / Dans quelques jours, le couperet annoncé par le gouvernement Ford tombera sur le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF).

Dès son élection le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario avait offert une certaine garantie au financement et au soutien de la nouvelle université. C’est donc avec un étonnement certain que l’annonce de l’abandon du financement du 15 novembre, a surpris tout le monde. Quelques lignes bien dissimulées portant sur le retrait de cette mesure, a créé un mouvement de soutien depuis longtemps en dormance dans la francophonie ontarienne et canadienne, incluant la participation du Québec.

Nous avons assisté à de beaux moments d’expression de la fierté et de la vivacité de la défense et de la reconnaissance des droits linguistiques accordant ainsi au projet de mise en oeuvre de l’UOF une visibilité hors du commun. Or, nous voici à quelques jours de voir la participation du gouvernement ontarien disparaître et force est de constater que la période des Fêtes a quelque peu refroidi les ardeurs de novembre et décembre.

Sur les travaux de développement et leur mise en oeuvre permettant le respect de l’échéance de 2020, je peux m’exprimer avec fébrilité. J’ai eu l’opportunité dès février dernier de me joindre aux groupes de travail pour la planification et l’élaboration des programmes prévus pour l’ouverture de l’Université de l’Ontario français en septembre 2020. Étaient réunies des personnes-ressources de haut niveau et de partout, experts dans leurs domaines et heureux de pouvoir collaborer à un projet novateur et rassembleur. Ces gens provenaient d’aussi loin que d’Europe, mais aussi du Québec et bien sûr de l’Ontario. Ils ont mis leur savoir et leur coeur tout entier à supporter l’élaboration des nouveaux programmes. Ils ont fait cheminer le projet à un rythme soutenu et avec rigueur et pertinence. Ils ont endossé la mission nouvelle de cette université qui prévoit dynamiser et utiliser les forces francophones de la communauté pour s’intégrer et permettre la formation d’une main-d’oeuvre qualifiée et capable de s’intégrer efficacement dans les différentes sphères du marché du travail.

Ce fut un travail ardu et bien fait, exceptionnellement réalisé dans un temps record, qui a ensuite été déposé aux instances ministérielles pour approbation tel que cela avait été exigé, afin de tenir compte de la rentrée académique de septembre 2020.

Il y a eu ainsi d’autres projets menés conjointement par d’autres groupes de travail coordonnés par ces vaillants employés — une petite équipe de moins de 10 personnes — qui tenaient le fort et maintenaient le rythme des échanges de chacun de ces groupes. Ces employés seront dans quelques jours, les premières grandes victimes de la décision menée unilatéralement et sans consultation par le gouvernement au pouvoir et ils sont une ressource de première ligne qu’il faut éviter de dilapider.

Tout le travail des experts et des consultants se faisait en mode virtuel afin d’éviter des coûts de déplacement et faciliter leur participation. Les politiques académiques ont été ainsi élaborées par un autre groupe d’experts externes, groupe que j’ai eu le plaisir de coordonner et qui n’a pas hésité à offrir une contribution éclairée et généreuse. Des heures de travail, de lecture, de réflexion et d’échanges qui nous menaient droit vers un cadre bien solide et réaliste.

À quelques jours du 15 janvier, je ne peux tout simplement pas m’imaginer que l’on accepte ce « gaspillage » de ressources et qu’on laisse tomber les résultats déjà obtenus afin de permettre le lancement de la nouvelle Université de l’Ontario français selon le calendrier prévu.

Je ne peux pas croire que nous allons subir cela en laissant se perdre autant d’efforts et d’énergie, pour un projet qui ne vient en aucun cas déséquilibrer la réalité budgétaire de l’Ontario. Le geste posé en novembre par le gouvernement Ford s’en prenait particulièrement à la présence francophone en Ontario. On compte les francophones de souche bien sûr, mais aussi tous ceux et celles qui depuis une vingtaine d’années viennent y agrandir les rangs: ceux en provenance de l’immigration et des autres provinces du Canada qui veulent aussi contribuer significativement à l’essor économique, social et culturel, en souhaitant pouvoir le faire dans le respect de leurs droits linguistiques. L’avenir passe par une offre de formation de qualité, équitable et variée pour les francophones.

S’il y a un geste à poser, il faut le faire maintenant et appuyer le mouvement de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Il faut se servir de l’arène politique afin que les acteurs de ce milieu se fassent interpeler et qu’ils agissent. Il faut que les arguments légaux puissent servir à assurer la défense de 600 000 personnes qui doivent compter sur notre appui afin d’assurer la garantie de leurs droits! Il faut aussi que l’offre du fédéral puisse être sérieusement considérée par une demande du gouvernement ontarien afin d’assurer le maintien des efforts déjà consentis. Il faut que les médias continuent leur battage dans leurs réseaux et sollicitent le public à demeurer vigilant en réclamant leur dû. Un plus grand appui des médias anglophones et des francophiles de l’Ontario et d’ailleurs au Canada doit se faire de manière soutenue dans un esprit de compréhension et de collaboration.

Tout cela ne peut rester sous silence… quelques jours de plus.

C’est possible: l’histoire et la résilience de la francophonie ontarienne sont garantes de son avenir!

L'auteure, Danielle Tessier, est consultante en gestion et affaires éducatives.