Les festivités entourant le 150e anniversaire de la Confédération ont été lancées le 31 décembre dans de nombreuses villes canadiennes, dont Ottawa.

Ottawa, je  suis désolé

Pardonnez-moi, Ottawa. Je suis vraiment désolé. Je ne peux pas me joindre à vos célébrations du 150e anniversaire de la Confédération. L'hypocrisie les assombrit trop pour moi.
Et je regrette aussi de dénigrer vos efforts. Je sais qu'il y a beaucoup de monde qui travaille fort pour que ça réussisse.
Ma seule excuse est que le maire Jim Watson m'oblige à le faire. C'est lui qui refuse de reconnaître l'égalité des deux langues officielles dans la capitale du Canada. C'est-à-dire qu'il refuse de demander au gouvernement de l'Ontario de changer la Loi de la ville d'Ottawa pour rendre le français et l'anglais officiellement égaux. Si je trouve qu'il est hypocrite, c'est que le maire refuse de reconnaître une moitié de l'équation francophone-anglophone canadienne. Un pays bilingue mérite une capitale bilingue. C'est ce que prétendent 87 % des Canadiens, selon un sondage récent.
Peut-être que le maire Watson ne devrait pas être le seul à être blâmé. Après tout, le gouvernement de l'Ontario s'est assis sur ses mains depuis des années attendant qu'Ottawa lui demande d'agir dans son propre domaine de compétence. Et il y a le fédéral. On leur a demandé d'assumer les frais supplémentaires liés au bilinguisme pour sa capitale nationale. La réponse de Justin Trudeau - le fils de l'homme qui a rendu le pays officiellement bilingue - a été d'en faire une blague. Quelle honte !
Nous avons fait de notre mieux pour dire au maire Watson et à tout le monde que c'est une question qui est à la fois très significative pour Ottawa et le Canada tout en étant peu difficile. Je m'explique.
Une capitale bilingue servirait à renforcer la fidélité de tous les Canadiens, anglophones et francophones. Ce serait une indication de l'identité canadienne pour les étrangers. Et puis, ce serait un pas en avant pour démontrer aux Québécois et à tous les Canadiens que le fédéralisme est avant-gardiste.
Être une capitale avec deux langues officielles aiderait à rendre Ottawa une capitale globale pour attirer davantage de conférences, de tourisme et de commerce. Assurément, le maire Watson, comme ses homologues des autres grandes villes canadiennes, veut qu'Ottawa devienne de plus en plus globalement compétitive. Au lieu d'en coûter, ceci apportera de l'argent à Ottawa. Des études ont démontré que le bilinguisme agit comme incubateur pour le multiculturalisme et l'appréciation de la diversité - deux des valeurs qui marquent l'identité canadienne. Ils diront aussi aux gens du monde : venez nous visiter, venez faire des affaires ici, nous sommes accueillants.
Bien entendu, tout ceci n'arrivera pas automatiquement. Il faudra développer une « culture de bilinguisme ». Il faudra qu'on utilise les deux langues dans nos restaurants, commerces et institutions. Heureusement, plus de 70 % des étudiants des deux conseils scolaires anglophones d'Ottawa étudient déjà en français. 
C'est pour ça qu'il ne sera pas très difficile de rendre Ottawa bilingue. Les gens sont déjà prêts. Ce ne sont pas les Ottaviens qui doivent absorber les coûts possibles. Il y aura davantage d'emplois en anglais et en français.
Tout ce qu'il faut, ce sont des conseillers municipaux aussi courageux et avant-gardistes que leurs commettants et une résolution invitant l'Ontario à changer la loi de la Ville d'Ottawa pour confirmer son statut bilingue. Ensuite on se détend et attend que la ville capitale en récolte les bénéfices.
L'auteur, John Elliot Trent, est membre de Dialogue Canada et du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa.