Ordures ménagères : une disgrâce

OPINION / Je suis citoyen du Plateau de Hull et je viens d’apprendre, avec la plus grande consternation, le changement proposé par le conseil municipal de la Ville de Gatineau limitant, notamment, la quantité d’ordures ménagères pouvant être disposée aux deux semaines à 120 litres pour les résidences unifamiliales. La mesure prévoit aussi que, pour ceux qui ne peuvent se limiter à cette quantité, des pénalités financières sont prévues pour chaque sac supplémentaire.

Cette mesure, plutôt que de viser et punir les personnes qui abusent du système de collecte, punit en fait les personnes qui en ont le plus besoin. Il s’agit en fait d’une taxe déguisée régressive qui touchera en premier lieu les familles avec de jeunes enfants, les personnes démunies et organismes communautaires comme les garderies.

Votre mesure entend forcer les personnes à composter plus, afin de réduire la quantité de déchets qui doivent être enfouis au dépotoir? Avez-vous seulement une idée de la proportion des déchets qui proviennent de restants de tables qui sont jetés dans les ordures? Pour nous, ces déchets constituent seulement environ 5 % de toutes nos ordures. Pour le reste, il s’agit de déchets de consommation courants (plastiques non recyclables, matières organiques non compostables, couches jetables, etc). Pour une famille avec deux enfants, il est tout à fait normal et raisonnable de produire 240 litres d’ordures aux deux semaines et votre réglementation devrait pouvoir au moins les accommoder en imposant une limite qui soit réaliste et adaptée à leur réalité.

Votre mesure qui été conçue selon la formule du « one-size-fits-all » est une pure aberration qui semble arriver tout droit du Pays des Merveilles. Selon toute vraisemblance, cette mesure combinée à celle visant les ordures encombrantes, entraînera des effets pervers, sinon désastreux, parce que plusieurs citoyens refuseront carrément de payer cette taxe déguisée, notamment en jetant leurs ordures dans les terrains vagues, lieux publics et privés, poubelles partagées et poubelles commerciales, ou en jetant leurs matières non-recyclables dans les bacs à recyclage, ce qui aura pour effet de pelleter les coûts de la gestion des ordures dans la cour des centres de tri.

On peut comprendre comment Gatineau soit enthousiaste de supporter votre mesure, car la ville diminuera ses coûts et augmentera ses revenus pour notamment pouvoir combler les déficits dans les fonds de pension juteux des élus de Gatineau et des fonctionnaires. Dans les faits, vous verrez probablement les déchets de toutes sortes pulluler sur le territoire et tout citoyen indigné qui paie déjà beaucoup de taxes fantasmeront à l’idée d’aller balancer leurs ordures sur le parvis de l’hôtel de ville.

Vous pouvez être sûr qu’il y aura une mobilisation contre cette mesure et que ça constituera un enjeu majeur aux prochaines élections pour les familles qui doivent assumer cette nouvelle taxe ou en subir les conséquences. Les gens devraient pouvoir se prononcer. Ne pourriez-vous pas soumettre cette question au moins en référendum populaire plutôt que de chercher à nous imposer un tel dictat idéologique environnemental qui ne fait ni queue ni tête? Les réductions de taxes promises à terme en 2020 du fait de la baisse de la quantité d’ordures enfouies (si elle se réalise) me semble largement insuffisante pour pallier à toutes les conséquences néfastes et compenser pour les coûts supplémentaires de la tarification.

Je ne suis certainement pas le seul à m’indigner et je ferai tout en mon pouvoir pour aviser sur les conséquences néfastes que votre proposition aura sur les gens ordinaires, sur les familles, les plus démunis et sur la salubrité et l’environnement de Gatineau.

Charles Desbiens, Hull