«L’être humain est bien sûr assez loin de la sainteté, mais l’humanité en lui est sainte», selon le philosophe allemand Kant

Nous pouvons vivre ensemble

OPINION / L’air ambiant appelle une réflexion autour de la question sociologique fondamentale suivante : «Comment les individus parviennent-ils à vivre ensemble et à former une société humaine?»

L’Homme est un homo migratus. Cela veut dire que l’être humain a toujours migré, soit à l’intérieur d’un pays (migration) soit dans un pays autre (immigration). La cohésion sociale (ce qu’on appelle couramment le vivre-ensemble) est déterminée par deux facteurs principaux: les rapports sociaux que les individus entretiennent entre eux et leur représentation sociale des similitudes des valeurs culturelles.

L’immigrant a été toujours vu comme «l’étranger» (qui vient d’«étrange»), comme un individu autre, c’est-à-dire différent de nous qui l’accueillons. Les membres de la société d’accueil ne voient pas immédiatement des similitudes entre les valeurs culturelles de l’étranger. Un des phénomènes majeurs de notre temps est l’immigration des individus et des groupes de différentes races, cultures, religions. Dès lors, l’enjeu du rapport à l’étranger est en marche au sein de la société.

Ou bien le rapport est très distant, car on ne voit pas ou on ne cherche pas à trouver des similitudes des valeurs culturelles avec l’étranger. Cette distance rend problématique le vivre ensemble. Ou bien, contrairement au premier cas, le rapport à l’étranger est moins distant, plus proche car on trouve des similitudes des valeurs culturelles. C’est ce qu’on appelle le rapport à l’Autre ou l’altérité qui est la relation humaine authentique, car elle assure en dernière analyse le vivre ensemble dans une société pluriculturelle.

Est-il possible de trouver des similitudes des valeurs culturelles? Oui. Voici ce qu’en disent deux grands philosophes, l’un Allemand et l’autre Québécois.

«L’être humain, a dit Kant, est bien sûr assez loin de la sainteté, mais l’humanité en lui est sainte.»

De son côté, Gilles Vigneault chante dans «Mon pays»: «Je crie avant que de me taire. À tous les hommes de la terre. Ma maison c’est votre maison. Tous les humains de ma race.» Que philosopher c’est apprendre à vivre!

Ce sont les relations interpersonnelles, l’école, les média, les milieux communautaires, les discours politiques qui doivent mettre en lumière les similitudes des valeurs culturelles afin de favoriser le vivre ensemble dans notre société pluriculturelle. Dans le cas des religions par exemple, La diversité religieuse a été au cœur du programme de l’École d’été 2018 de l’Université de Sherbrooke.

Organisé par le Centre d’étude du religieux contemporaines, les cours ont porté sur les pratiques de l’islam, du judaïsme, du christianisme (orthodoxes protestantes et évangéliques), des religions orientales (hindouisme, bouddhisme et taoïsme). Ils ont traité des pratiques sociales de la vie quotidienne (cuisine, sports, fêtes, chants, arts, littérature, etc.). Enfin, ont été abordé des pistes d’intervention dans le milieu policier, carcéral, de la santé, du travail social, de la psychologie, de l’éducation et les milieux politiques. Nous pouvons vivre ensemble.

Yao Assogba,

Professeur émérite de l'Université du Québec en Outaouais