La ministre des Affaires francophones de l'Ontario, Caroline Mulroney

Nous ne sommes pas dupes, Mme Mulroney

Le gouvernement conservateur de Doug Ford et de Caroline Mulroney a ouvert une brèche. En annonçant de nouvelles mesures en réponse à la mobilisation retentissante en Ontario français, au Québec et ailleurs en francophonie canadienne contre l’abolition de deux de institutions franco-ontariennes, le gouvernement cherche à acheter la paix. Si nous devons saluer ce geste d’ouverture, il ne faut pas se leurrer : l’Ontario français en sort encore perdant.

Quant au CSF, le commissaire et son équipe se retrouveront maintenant sous l’égide de l’Ombudsman. Non seulement n’y a-t-il donc aucune économie derrière cette décision, la nouvelle confirme que l’indépendance du Commissaire ne sera pas rétablie. Sur ce point, il s’agit d’un recul incontestable. Le Commissariat n’était pas qu’une simple boîte à recevoir des plaintes concernant des atteintes alléguées à la Loi sur les services en français, mais une institution faisant la promotion des services de langue française partout en province. Le CSF avait aussi développé une expertise dans le domaine des meilleures pratiques en matière d’offre active de services. Il n’est pas clair qu’il pourra poursuivre ce mandat sous le parapluie de l’Ombudsman.

L’abolition du financement pour l’Université de l’Ontario français est également maintenue. Mme Mulroney fait toujours valoir que le gouvernement libéral avait fait des promesses qu’il n’aurait pas pu tenir; que le modèle proposé (le même qui avait été appuyé à l’unanimité par le Parti PC lorsque celui-ci formait l’opposition officielle) n’était pas le bon; que l’accès aux programmes offerts en langue française était déjà assuré par des institutions bilingues. Rappelons que durant la campagne électorale, et ce, jusqu’à tout récemment, Mme Mulroney et M. Ford ont eux-mêmes promis à répétition que ce projet irait de l’avant malgré des compressions budgétaires à venir. En tant qu’opposition officielle, le Parti PC avait aussi accès aux rapports de la Vérificatrice générale; ses élus étaient au fait de la situation économique de la province bien avant les élections. 

De plus, deux études produites par le CSF démontraient le niveau lamentable d’accès à l’éducation postsecondaire en français dans la région du Grand Toronto ainsi que dans le Centre-Sud-Ouest de la province, là où la population francophone est en croissance fulgurante. Ces études signalaient aussi qu’une très grande majorité d’étudiants francophones choisissaient d’étudier en anglais après la 12e année afin de rester plus près de la maison, plutôt que de s’inscrire auprès des institutions bilingues comme l’UOttawa ou la Laurentienne. Enfin, Mme Mulroney n’a jamais pris la peine de faire part de ses inquiétudes au conseil des gouverneurs de l’UOF au sujet des programmes d’études proposés et de leur pertinence pour le marché du travail. Le besoin d’une université provinciale de langue française demeure criant. Cela demeure un recul important pour la communauté.

Si nous saluons le rétablissement du ministère des Affaires francophones, cette victoire est plutôt symbolique, car elle ne se traduit pas par un financement supplémentaire ou par l’embauche d’un personnel additionnel. Un ministère seul ne peut pas remplacer la perte des deux institutions si durement acquises. 

Rappelons que le gouvernement de Ford et de Mulroney a également omis d’inclure quelques mots de français dans son premier Discours du Trône comme le voulait la pratique récente. Dans le domaine de la culture, nous avons récemment appris que le gouvernement de Ford et de Mulroney avait aussi décidé de retirer une subvention importante à la Nouvelle Scène Gilles-Desjardins d’Ottawa, mettant en jeu la survie de ce centre de création théâtrale. De plus, le gouvernement a exigé que le CFORP cesse de publier des magazines destinés aux élèves franco-ontariens, et ce, en dépit du fait qu’ils étaient financés entièrement par le gouvernement fédéral.

Quand on l’a questionné à ce sujet, le ministre des Finances, Vic Fedeli, fut incapable de chiffrer ces économies. Il est néanmoins d’une évidence désarmante que ces coupures représentent une goutte dans l’océan du budget ontarien. On peut se demander si Mme Mulroney croit à ses propres arguments lorsqu’elle tente de convaincre les Franco-Ontariens et leurs alliés de la nécessité de ces coupures soudaines et brutales. Ce n’est certainement pas le cas de son adjointe parlementaire aux Affaires francophones, Mme Amanda Simard, qui a clairement dénoncé la décision de son propre gouvernement plus tôt cette semaine.

Mme Mulroney, les Franco-Ontariens sont des gens raisonnables. S’ils avaient été consultés, ils auraient fait leur part pour aider le gouvernement à équilibrer les finances provinciales, tout en préservant les services essentiels. Ils auraient peut-être même accepté de mettre le projet d’UOF en veilleuse pendant que la santé financière de la province s’améliorait. Mais la rhétorique d’austérité budgétaire que vous utilisez pour justifier ces coupures ne tient pas la route. Nous ne sommes pas dupes, Mme Mulroney, et nous ne nous laisserons pas berner par vos excuses mal ficelées ou par vos concessions illusoires.

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Stéphanie Chouinard, 

Professeure adjointe, 

Collège militaire royal

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Serge Miville, 

Professeur adjoint, 

Chaire de recherche en histoire franco-ontarienne, 

Université Laurentienne

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Joël Beddows, 

Directeur artistique, 

Théâtre français de Toronto, 

Professeur agrégé, 

Université d’Ottawa