Didier Farré, propriétaire du Cinéma 9 à Gatineau

Netflix incompatible avec le cinéma

OPINION / À Marc-André Lussier, Journaliste chez La Presse,

Non ni les cinémas, ni les distributeurs se mettront à genoux devant Netflix. Actuellement Netflix se remplit les poches avec les exemptions de taxes que lui offre le gouvernement fédéral avec notre argent. Ils doivent en profiter rapidement car même avec ses millions d’abonnés, ils font pâle figure. Uniquement en Inde, Hotstar compte plus de 75 millions d’abonnés comparativement à Netflix, avec ses 5 millions.

Nous faisons trop de publicité pour le film Roma, d’Alfonso Cuarón, qui en a besoin car Netflix a de la difficulté à imposer de tels films, alors il se sert des festivals comme celui de Toronto, Venise ou du Festival du nouveau cinéma pour faire de la promotion à bon marché.

Netflix favorisera l’acquisition de films américains en faisant disparaître la cinématographie étrangère. Si le directeur de la Cinémathèque nous prie de cesser d’avoir des certitudes, c’est lui qui devrait remettre son jugement en cause. Le marché de la vidéo sur demande s’amplifiera et finira très morcelé comme celui de la télévision. Il oublie que Hulu — association de Disney, Fox et Warner — avec ses 20 millions d’abonnés, retire tous ses films de Netflix. Le combat est loin d’être perdu par les distributeurs et propriétaires de cinémas, c’est beaucoup plus Netflix qui se cherche des appuis devant la concurrence que vont lui livrer Amazon et compagnie.

Ce n’est ni la projection de Venise, de Toronto ou du FNC qui remplacera le travail de promotion et l’inventivité des distributeurs pour faire découvrir un film. Nos distributeurs savent comment rejoindre les cordes sensibles du public de chaque pays, alors que la vidéo sur demande nivelle par le bas sur l’échelle mondiale. L’industrie ne condamne pas la vidéo sur demande, mais estime simplement qu’elle respecte les fenêtres de diffusion qui permettent aux cinéphiles de voir les films sur grand écran et partager de grandes émotions.

En réponse à Isabelle Descoteaux qui ne sera pas inconsolable si les salles disparaissent, alors vivement que Netflix achète les droits de Cavalia, du Cirque du soleil, du théâtre et des spectacles du Centre Bell, ainsi elle pourra rester chez elle devant son écran. Quelle formidable perspective !

Heureusement les jeunes veulent sortir du carcan familial, partager des émotions et faire des rencontres. Abonnez vous à Amazon, car en plus d’avoir accès au catalogue de films, on vous livrera à la maison : une livre de carottes, un litre de lait américain, le dernier livre de Ricardo, une paire de chaussure faite en Chine, un bon saumon élevé aux farines animales et peut-être le partenaire casanier idéal. Posez-vous des questions! Pourquoi nos usines de vêtements ont fermé, pourquoi sommes-nous obligés de nous habiller avec la cochonnerie d’Asie manufacturée par des enfants, manger des asperges chinoises, et utiliser nos iPad qui nous donneront le cancer mais sur lequel vous pourrez voir Netflix?

Je vous rassure, nos films et nos salles de cinéma vivront et elles seront toujours un lieu de rencontre, de partage où la joie et l’émotion ne nous offriront que du bonheur.

L'auteur est Didier Farré, Propriétaire du Cinéma 9 à Gatineau.