Le conseil municipal de Gatineau s’apprête à affronter la «crise des encombrants».

«Mon matelas bien aimé...»

Face à l’indignation de certains conseillers sur les dépôts sauvages, le conseil municipal de Gatineau s’apprête à affronter la «crise des encombrants».

Ce n’est pas le dépôt qui dérange et fait jaser. C’est son côté «sauvage» : laissant à la collectivité le soin de pallier au manque de civisme de certains. Évidemment, tout est question de nuances. Dans le cas d’une infestation par des punaises de lit, on ne peut blâmer celui qui se débarrasse au plus vite de son matelas. Mais pour certains, peu importe le nombre de collectes qui seront offertes, l’esprit du vivre ensemble ne raisonne pas. C’est le difficile combat de l’éducation et de la sensibilisation au respect de notre environnement. Ainsi pour avoir un réel impact sur la manière de consommer de ces personnes réticentes, il faut (avoir le courage de) les contraindre, même s’il ne s’agit pas d’une tactique politiquement payante.

Prenons justement l’exemple du matelas. À Gatineau, chaque année, nous nous débarrassons d’environ 10 000 matelas, soit 195 tonnes de tissus, de mousse et de ressorts. Sur ces 10 000 matelas, combien se retrouvent finalement abandonnés sur les trottoirs? Il s’agit d’une plume par rapport aux 65 000 tonnes de déchets ménagers que nous produisons collectivement. Ce débat est donc loin d’être essentiellement environnemental, et on peut se demander s’il s’agit vraiment d’une crise ou bien d’un remplissage médiatique estival sur un sujet exaltant.

S’il s’agit bel et bien d’une crise, il existe des solutions concrètes. Par exemple, la province a mis en place les programmes de «Responsabilité élargie des producteurs» (REP) qui permettent de recycler certains objets en fin de vie. L’essence de ces programmes est de transférer à un fabricant la responsabilité d’assurer un bon taux de recyclage de son produit. Aujourd’hui, les points de dépôt pour la peinture, les piles, les électroniques et les pneus sont connus. Les matelas pourraient aussi faire partie de ces objets soumis à la responsabilité de leurs producteurs. Selon le principe du pollueur-payeur qui se démocratise, des écofrais à l’achat pourraient être une façon de financer un programme de fin de vie du matelas.

Mais si vous pensez que cette «crise des encombrants» est surtout un débat politico-médiatique, sachez que l’essentiel de la pollution d’un dépôt sauvage par un particulier est le plus souvent visuel. Et face à d’autres (réelles) menaces environnementales, nos décideurs ne sentent pas l’urgence de se rencontrer. En voici deux, par exemple :

- les orages que nous avons connus cet été ont dépassé la capacité du réseau pluvial et engendré des surverses dans la rivière des Outaouais, polluant l’eau de la rivière et rendant la baignade interdite;

- les Laboratoires nucléaires canadiens Ltée, une société privée, planifient d’ouvrir un site d’enfouissement hors-sol qui doit recevoir un million de mètres cubes de déchets radioactifs de «faible activité» en amont de la rivière des Outaouais à Chalk River, à une heure de Gatineau.

Ces deux menaces environnementales sont bien réelles, mais invisibles. Alors, à quoi bon s’en préoccuper puisque le sujet de nos vieux matelas mal-aimés mettant en péril notre paysage urbain est bien plus électrisant.

Mais ne désespérez pas. Si vous aussi vous considérez que les priorités environnementales sont ailleurs, que la scène politique locale n’est pas un terrain de luttes inutiles et que l’avenir collectif sera plus fort que l’incivilité : écrivez à votre conseiller municipal. Car c’est justement pour répondre à vos préoccupations qu’il a été élu.

L'auteur du texte est Benoit Delage, directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l’Outaouais (Creddo).