Les propos de Denise Bombardier à l'émission Tout le monde en parle continuent de jaser.

Mme Bombardier, me faire dénigrer ? Ça suffit !

OPINION / À Denise Bombardier,

Ce sont vos propos à l’émission Tout le monde en parle le dimanche 6 octobre et ceux que vous y avez tenus l’an dernier qui m’incitent à afficher publiquement l’épuisement que je ressens de me faire dénigrer, moi et ma communauté de 2,7 millions de Canadiens français hors Québec, en raison de notre façon de parler français.

En tant que Québécoise privilégiée, et alors que le Québec que vous décrivez comme l’unique défenseur de la langue française en Amérique regarde ailleurs, vous semblez mal comprendre le fait que nous livrons chaque jour une bataille pour défendre et maintenir nos acquis linguistiques, malgré 1) nos origines et nos réalités géo-socioéconomiques et politiques, qui dans bien des cas nous incitent à capituler (Règlement 17, Hôpital Montfort, Mike Harris, Doug Ford, ça vous dit quelque chose?); 2) le fait d’être entourés de communautés anglophones, dont plusieurs applaudiraient l’abolition de la Loi sur les langues officielles de 1969, cette merdique empêcheuse de tourner en rond, selon elles; 3) l’omniprésence de notre voisin du sud; 4) les médias sociaux, où le français n’a toujours pas sa place et 5) le véritable phénomène des interférences linguistiques chez les gens bilingues et les apprenants de langues secondes en milieux minoritaires.

Vous n’avez jamais vécu notre réalité, et pourtant vous vous moquez de nous et vous nous dénigrez méchamment pour la simple et unique raison que nous ne parlons pas tous comme vous.

Au risque de vous voir vous acharner sur d’autres communautés qui ne sont sans doute pas, elles non plus, à la hauteur de vos attentes linguistiques, écoutez ce qui se passe un peu plus près de chez vous – au centre-ville de Montréal, dans le West Island ou dans le « Western Quebec » pour y évaluer la qualité du français, malgré la Loi 101. Vous cloueriez probablement le bec à ces communautés également sans égard à leurs réalités sociolinguistiques et leur suggéreriez d’abandonner le français que vous jugeriez massacré, en faveur de l’anglais – comme vous nous l’avez suggéré à TLMEP. Faut-il le rappeler que nous « gérons » encore aujourd’hui les effets de cette situation linguistique qu’on a imposée aux Peuples autochtones il n’y a pas si longtemps.

Issu de parents franco-ontariens, je remercie chaque jour ma mère d’avoir imposé le français à la maison puisque, suivant la séparation de mes parents en 1971, nous avons dû quitter notre milieu francophone pour nous refaire une vie dans une ville surtout anglophone. Même si nous habitions le secteur francophone de la ville et fréquentions l’école en français, nous étions parfaitement disposés à succomber à l’assimilation comme tant d’autres autour de nous. Sans l’insistance de ma mère, nous y serions passés puisque l’anglais régnait : télé, radio, voisins, commerces, politiciens, camarades de classe, etc. Succès inattendu : nous avons très bien conservé notre langue maternelle et avons très vite aussi appris l’anglais, que nous parlons couramment à ce jour.

Comme toutes les langues, le français possède son coloris linguistique ici et ailleurs. Oui, certaines communautés parlent de façon plus « colorée » que d’autres, et c’est justement cette palette de « congères et de bancs de neige, » de « vêtements et de hardes » et de « support et de soutien » qui lui offre toute sa vitalité, son originalité, sa flexibilité et son universalité. Si nous parlions tous exactement pareil, la communication serait machinale et plate à mourir.

Bien sûr, nous savons qu’il y a toujours de la place pour l’amélioration et que la bataille est constante, mais nous sommes fiers de notre coloris linguistique et du fait que nous ne lui appliquons pas de coloration artificielle qui ne lui appartient pas et qui lui enlèverait toute son authenticité.

Votre faux blond nous fait faux bond, Madame, et je vous prierais de bien vouloir cesser de vous en prendre à nous et à notre langue, qui est aussi la vôtre. Nous ne méritons pas vos propos méprisants.

L'auteur du texte est Francis Ouimet d'Ottawa.