Menace sur l'avenir du logement social

Tel que stipulé dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU, auquel le Québec a adhéré en 1976, le logement est un droit fondamental qui doit être reconnu à tous, quel que soient le revenu, le statut social, l'origine ethnique, le sexe, la santé physique ou mentale.
Pourtant, aujourd'hui encore, un grand nombre de personnes voient leur droit au logement menacé. Selon l'enquête nationale de 2011 sur les ménages, près de 108 000 ménages québécois, dont près de 4000 de Gatineau, consacraient plus de 80% de leur revenu au paiement de leur loyer, alors que la Société d'habitation du Québec (SHQ) considère comme abordable un logement qui ne coûte pas plus de 30% du revenu avant impôt.
Au-delà du seuil de 30%, les personnes ont des difficultés pour payer les autres dépenses courantes (nourriture, vêtements, transport, etc.). Au-delà de 50%, la SHQ considère que les personnes ont de graves problèmes.
Avoir un logis, c'est en outre la condition nécessaire pour avoir accès de façon continue à des services de base comme l'eau, l'électricité et son courrier. Ne pas avoir de logement permanent constitue aussi une limite sévère à la jouissance des droits civils et sociaux et à la réinsertion sociale. Dans ces conditions, les personnes en situation d'itinérance sont parmi celles qui souffrent le plus de discrimination.
En 1995, le fédéral s'est retiré du logement social. Québec a fini par accepter de participer à la réalisation de nouveaux projets en mettant sur pied, dans un premier temps, le Programme d'achat-rénovation en coops et OSBL (PARCO) et, par la suite, en 1997, le programme AccèsLogis.
Ils ont permis de réaliser un peu plus de 27 000 logements abordables dans l'ensemble du Québec. La plupart des résidents n'y consacrent en effet que 25% de leur revenu, soit de 150 à 200$ par mois.
Des projets refusés
Or, à l'heure actuelle, la SHQ est obligée de refuser de nombreux projets.
C'est le cas non seulement à Gatineau, Montréal et Québec, mais aussi en Abitibi, dans le Bas-Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, en Estrie, en Montérégie et au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Logemen'occupe est inquiet quant à l'avenir du programme AccèsLogis, le seul programme qui permet le financement de nouveaux logements sociaux au Québec.
Le dernier budget du Québec a déjà réduit de moitié le nombre de logements sociaux financés annuellement de 3000 à 1500.
Gatineau ne dispose pour cette année que de 100 nouvelles unités, comparativement à 280 unités l'an dernier. Les échos que nous recevons quant à l'avenir d'AccèsLogis sont très préoccupants.
Québec ne donne actuellement aucun signe de sa volonté de reconduire le programme en 2016, ni même à plus long terme.
On met en doute la pertinence de ce programme et pense sérieusement à l'abolir carrément.
Alors que les besoins des ménages mal-logés et sans logis sont toujours aussi importants en Outaouais,
Québec doit non seulement maintenir ce programme essentiel mais aussi l'améliorer afin de permettre le développement de nouveaux logements sociaux en plus grand nombre partout au Québec et en Outaouais.
L'auteur, François Roy, est coordonnateur de l'organisme Logemen'occupe.