Méfions-nous des projets miracles en éducation

Un nouveau projet d’école dans le quartier Rosemont, à Montréal, soulève plusieurs questions. Dans sa forme actuelle, cette initiative s’inscrirait non seulement à l’extérieur de notre système public d’éducation, mais également hors du cadre de la Loi sur l’instruction publique.

Quand on s’attarde aux principes du projet, il n’y a aucun argument valable pour justifier que cette nouvelle école publique de quartier, et sans test d’admission, soit détachée du réseau.

Premier principe: chaque enfant est l’artisan de son développement […] et les adultes sont là pour relever leurs intérêts […]. C’est exactement ce qui se passe dans nos écoles publiques, puisque c’est ce que le personnel s’emploie à faire chaque jour.

Deuxième principe : apprendre doit avoir du sens pour les élèves. Nous sommes bien d’accord! Donner du sens aux apprentissages, n’est-ce pas au cœur du travail du personnel scolaire?

Troisième principe : apprendre, c’est s’ouvrir au monde pour le connaître et l’améliorer. Dans cet esprit on veut mettre à contribution les ressources de la communauté. Il y a déjà une multitude de projets dans les écoles publiques qui sont réalisés justement en collaboration avec des membres et des organismes de la communauté.

Quatrième principe : apprendre, c’est bouger, grimper, etc. Bref, on fera la promotion des saines habitudes de vie. Rien de nouveau. Nous avons déjà des politiques gouvernementales et des plans d’action qui ont les mêmes objectifs dans les commissions scolaires et les écoles publiques.

Une école publique à valoriser

Cette école permettrait également à la communauté et aux parents d’avoir leur mot à dire. C’est méconnaître l’école publique de penser que cela ne se fait pas déjà. En effet, dans chaque école au Québec, le conseil d’établissement réunit tous les acteurs de l’éducation, y compris le personnel, les parents, dont la place est largement reconnue, et des membres de la communauté.

Cette école collaborerait avec les autres écoles de Montréal. Raison de plus pour qu’elle fasse partie du réseau public actuel.

Je souhaite rappeler qu’une multitude de projets innovants sont mis en place chaque année dans nos écoles publiques. Ce qui permet au personnel d’innover, c’est d’avoir le soutien et les ressources pour y arriver. Et cela peut très bien se faire au sein de l’école publique, à condition que le gouvernement lui en donne les moyens.

Malgré un quotidien qui n’est pas toujours facile, l’école publique accomplit chaque jour des miracles avec les élèves et les adultes en formation. Alors, pourquoi tenter de la contourner? La question se pose.

Reconnaissons l’apport inestimable de l’école publique à notre société et faisons de son développement notre priorité. Valorisons notre école publique.

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)