La ministre de la Santé désignée, Gertrude Bourdon

Médecins : il faut regarder le salaire net

Alors que les élections du 1er octobre au Québec approchent, une question importante est de savoir si les partis respecteront un contrat précédemment signé avec les spécialistes. Le premier ministre Philippe Couillard et sa nouvelle ministre de la Santé désignée, Gertrude Bourdon, l’ont promis. Les trois autres partis considèrent que les spécialistes sont trop payés. Qui a raison et quelles sont les conséquences de la réduction du salaire des spécialistes?

Premièrement, comprenez qu’il est erroné de comparer les salaires actuels des médecins au Québec avec les statistiques les plus récentes provenant de l’Ontario. Celles-ci pourraient bien changer. Les médecins de l’Ontario sont sans contrat depuis plus de quatre ans et le gouvernement précédent a annulé plusieurs de leurs honoraires, a réduit leur salaire de 30 à 50 % et a effectué des récupérations fiscales mensuelles de plusieurs pour cent. L’Association médicale de l’Ontario (OMA) est présentement en négociations avec le nouveau gouvernement de Doug Ford et, advenant leur échec, ira en arbitrage exécutoire. Parmi les demandes de l’OMA, notons la restitution des salaires avant les compressions et de l’argent prélevé lors des récupérations fiscales en plus d’un rajustement des salaires au coût de la vie. Si plusieurs de ces demandes sont accordées, le salaire des médecins ontariens sera à peine inférieur aux plus récents de leurs homologues québécois.

Il est extrêmement difficile de comparer les revenus bruts quand les frais généraux, le salaire net et le coût de la vie diffèrent tant dans ces deux provinces. 

La location d’un appartement d’une chambre coûte 916 $ à Montréal, 731 $ à Québec, 925 $ à Hamilton, 1189 $ à Ottawa et 1423 $ à Toronto. Une maison individuelle coûte 325 900 $ à Montréal, 240 000 $ à Québec, 500 183 $ à Hamilton, 383 793 $ à Ottawa et 1 200 000 $ à Toronto. Tous ces coûts sont bien moins élevés dans les plus petites villes de chaque province. Pourtant, la grille tarifaire est uniforme entre toutes les régions de l’Ontario.

Contrairement à l’Ontario, qui souffre d’un déficit de 12 milliards $ et d’une dette de 349 milliards $, le Québec possède maintenant un surplus budgétaire de 904 millions $ et une dette totale de 187 milliards $. Cependant, la province avec le plus fort taux d’imposition est le Québec. En 2016, les résidents du Québec ont payé 38,5 % du PIB en impôts alors que ceux de l’Ontario en ont payé 32,8 % et le reste du Canada 30,4 %. La TVH est de 13 % en Ontario alors qu’elle atteint presque 15 % au Québec. Pour un revenu de 100 000 $, l’impôt provincial sur le revenu s’élève à 8 396 $ en Ontario et à 16 300 $ au Québec.

D’un autre côté, chaque Québécois sans assurance privée paye une prime annuelle de 616 $ pour une assurance médicaments publique qui couvre plus de 7000 médicaments sur ordonnance. Les services de garde sont lourdement subventionnés.

Un résident du Québec paye au total 4333 $ par année pour étudier au premier cycle à la faculté des arts et des sciences de McGill (un Canadien non québécois doit débourser 9509 $). Le coût pour des programmes similaires s’élève à 7943 $ à l’Université Queen’s et à 8262 $ à l’Université de Western Ontario pour tous les Canadiens.

Ce qu’il faut regarder, c’est le salaire net après impôts. Il faut prendre en compte si un médecin vit dans une grande ville ou dans un petit village, s’il est célibataire, s’il a des enfants en bas âge qui doivent aller à la garderie ou plus âgés qui étudient à l’université, si des membres de sa famille ont besoin de médicaments coûteux, etc.

C’est pourquoi il est extrêmement complexe de déterminer quel salaire ferait en sorte qu’un médecin moyen au Québec serait aussi riche qu’un autre en Ontario.

Souvenons-nous qu’en 2003, quand les médecins gagnaient 30 % de moins au Québec qu’en Ontario, c’est François Legault, alors ministre de la Santé pour le Parti québécois, qui a convenu que la différence de salaire devait être corrigée.

Si la Coalition avenir Québec remporte les élections et effectue des compressions salariales pour les spécialistes au Québec, plusieurs conséquences se produiront sans doute. La province aura de la difficulté à se montrer attractive et à retenir les médecins qui sont suffisamment bilingues pour travailler en anglais. Cela se produira au moment où le Québec a besoin de plus de médecins. Après tout, la population est vieillissante et plus de maladies chroniques, comme le diabète ainsi que les maladies cardiaques et malignes, apparaissent.

La situation sera particulièrement sombre pour l’ouest du Québec, qui vit depuis des années une pénurie chronique de spécialistes et de médecins de famille.

Ces compressions réduiraient aussi grandement les chances que le Québec signe un jour l’Entente de facturation réciproque des services médicaux. Dans le passé, les ministres de la Santé au Québec ont refusé de signer sous prétexte que les médecins québécois seraient mis à mal s’il était considéré que la Régie de l’assurance-maladie du Québec rémunérait les médecins exerçant en dehors de la province plus que ceux qui effectuent le même service au Québec.

Tous les Québécois seraient alors toujours des citoyens de deuxième classe lorsqu’ils auraient besoin de traitements médicaux dans le reste du Canada ou pour les trois premiers mois après avoir déménagé pour de bon en dehors de la province ou du territoire (alors qu’ils sont encore couverts par une carte d’assurance-maladie du Québec que peu de médecins accepteraient).

Le premier ministre Philippe Couillard devrait promettre, s’il est réélu, de signer l’Entente de facturation réciproque des services médicaux et qu’il laissera un héritage de soins de santé transférable partout au Canada à tous ses concitoyens québécois.

Charles S. Shaver, MD, Ottawa