François Legault

Marquer l’histoire, durablement

OPINION / La victoire sans appel de la Coalition avenir Québec ne trompe pas : les Québécois ont appelé le changement. Le premier ministre élu, François Legault, a eu la formule juste, au soir du 1er octobre, en disant que son élection « marquait l’histoire ». Il a raison, et de plus d’une façon.

Certes, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle formation, après 42 ans d’alternance entre Parti libéral et Parti québécois, est en soi un marqueur dans l’histoire politique du Québec.

Les Québécois ont massivement voté pour que le développement économique soit au centre du mandat du gouvernement. Le premier ministre Legault a positionné l’économie, l’éducation et la santé au sommet de ses priorités et, dans un contexte où le Québec fait face à des problèmes nouveaux, il faut une approche et des solutions permettant d’y répondre.

Depuis la fin des années 1960, le principal enjeu de l’économie québécoise a été de stimuler la croissance pour fournir des emplois à la nombreuse cohorte des baby-boomers. Aujourd’hui, et pour une génération au moins, les politiques économiques devront avoir pour objectif d’éliminer et prévenir les goulots d’étranglement qui entravent notre croissance durable. Ces politiques doivent relever les défis de la productivité, de la disponibilité de main-d’œuvre, de la transition énergétique et de la culture entrepreneuriale.

La productivité est le socle de notre enrichissement collectif. Malheureusement, sa croissance au Québec n’est pas à la hauteur de celle de nos principaux partenaires — et concurrents — économiques. Cette croissance doit s’accélérer en s’appuyant sur plusieurs facteurs.

D’abord, une main-d’œuvre mieux formée, affichant un degré élevé de littératie, de numératie et de littératie numérique. Ce besoin est urgent. Il requiert que le nouveau gouvernement adapte à ces impératifs, avant la fin du mandat qui s’amorce, la formation des adultes aussi bien que celle des jeunes. Nous nous réjouissons que le nouveau premier ministre fasse de l’éducation une priorité.

Ensuite, le maintien de la compétitivité fiscale du Québec et le raffinement des crédits fiscaux aux entreprises pour favoriser les investissements porteurs de productivité.

L’acquisition de plus de technologies porteuses de productivité par les entreprises du Québec, notamment en réacheminant à l’acquisition de technologies existantes une part de l’aide aujourd’hui consacrée à la recherche et au développement, est tout aussi primordiale.

Pensons aussi à améliorer de façon pérenne notre parc d’infrastructures publiques, notamment en matière de transport, tout en ayant recours à des méthodes de financement novatrices, mais aussi avec une meilleure offre de services cellulaires et d’Internet haute vitesse en régions.

Le second défi est celui de la disponibilité de main-d’œuvre, dont la rareté constitue en soi un goulot d’étranglement pour les entreprises, particulièrement en région. Cet enjeu peut et doit se résorber par une combinaison de mesures.

Premièrement, encourager la mobilité professionnelle et géographique des travailleurs. On pensera aussi à encourager le maintien sur le marché des travailleurs expérimentés, alors que notre fiscalité et nos régimes sociaux n’encourage pas de rester actif sur le marché du travail passé un certain âge.

Ensuite, il faut s’assurer de sélectionner un nombre suffisant d’immigrants, en meilleure adéquation avec les besoins du marché du travail et en facilitant la reconnaissance de leurs compétences, puis investir les efforts nécessaires pour mieux les intégrer dans leur milieu de travail et leur communauté d’accueil.

Le troisième défi est la transition énergétique, qu’il faut voir comme un vecteur de développement économique, en faisant une place grandissante aux énergies renouvelables et en investissant résolument dans la mobilité durable.

Le quatrième défi, mais non le moindre, concerne la culture entrepreneuriale. À cet égard, il importe de trouver un équilibre entre le besoin légitime d’avoir des règles protégeant les consommateurs, les travailleurs et l’environnement, et la nécessité de favoriser l’expérimentation de technologies et de modèles d’affaires innovants.

Il faut par ailleurs appuyer une culture économique qui valorise la prise de risque et la liberté d’entreprendre, notamment par la sensibilisation des jeunes aux valeurs entrepreneuriales dès l’école, et par la formation de savoirs et savoir-faire entrepreneuriaux chez les adultes.

Enfin, on songera à libérer le financement de l’entreprise afin de permettre une activité́ entrepreneuriale conforme à l’évolution des technologies et des marchés, notamment en facilitant le transfert intergénérationnel d’entreprises.

Doté d’une solide majorité, le nouveau gouvernement de M. Legault doit rapidement donner suite à son engagement d’être le premier ministre de l’Économie.

Stéphane Forget, MBA

Président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec