L’hôpital de Hull

L’urgence: en finir avec la fatalité

En septembre 1964, le Dr R. Lachance, directeur médical de l’Hôpital du Sacré-Cœur (devenu depuis l’hôpital de Hull) faisait une mise au point concernant l’urgence de l’hôpital. « Le mot urgence le dit, c’est pour les cas d’urgence et ce n’est pas la place de celui qui a mal à la tête, mais plutôt pour les accidentés ou les personnes souffrant de malaises aigus. » Il ajoutait que « l’urgence est remplie de personnes qui devraient être traitées dans les cabinets de médecins ». Plus de cinquante ans plus tard, presque rien n’a changé. On accepte cette situation comme une fatalité.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, depuis cinq ans, l’Outaouais s’est situé en queue de peloton pour la durée moyenne de séjour sur civière à l’urgence pour l’ensemble du Québec. En 2017-2018, l’Outaouais a même obtenu le pire score de toutes les régions avec 16,4 heures d’attente, comparativement à une moyenne de 13 heures. La cible ministérielle est de 12 heures. Les urgences de Gatineau et de Hull étaient parmi les pires au Québec.

La réaction des autorités du CISSSO et des administrations précédentes est presque invariablement la même, soit la prise de mesures ponctuelles qui n’ont pas d’effets durables. Le plan du président directeur général de janvier 2017 qui comportait quatre priorités, notamment sur les services de première ligne, n’a pas donné de résultats tangibles. Ainsi, au début 2018, la situation est devenue critique ; on s’est alors attaqué à libérer des lits de courte durée en transférant des patients dans des ressources d’hébergement pour que les patients sur civière aient des lits sur les étages. Par la suite, des efforts ont été faits pour réorienter les cas non prioritaires vers des cliniques. La situation s’est détériorée à nouveau, récemment, avec le départ de dix médecins des urgences de Hull et de Gatineau, diminuant ainsi le nombre de médecins présents aux urgences et allongeant les délais de prise en charge médicale. Puis la super-clinique Médigo a mis fin à la réservation de plages horaires pour les patients provenant des urgences. Quelles sont les pistes de solution pour sortir de cette fatalité ?

La bonne performance d’une urgence repose sur quatre piliers principaux. Le premier est l’existence d’un leadership fort au plus haut niveau de l’organisation, et du dirigeant des urgences, qui font de l’amélioration des soins une priorité continue. Deuxièmement, ce leadership doit s’articuler en un plan complet avec des cibles précises à atteindre et une mesure des résultats. Troisièmement, il faut à tout prix allouer les ressources financières et humaines pour que les urgences puissent fonctionner de façon efficace. L’équilibre budgétaire est la priorité du CISSSO qui gère le budget des urgences comme celui des autres services, alors qu’il s’agit d’un secteur dont le volume d’activités varie constamment. Pour offrir des services adéquats, le CISSSO doit demander des ressources additionnelles en faisant valoir la piètre performance par rapport aux autres régions. À titre d’exemple, il est essentiel qu’il y ait plus de lits pour désengorger les civières à l’urgence et libérer les urgentologues de la surveillance des patients.

Le manque de ressources fait que le personnel est souvent épuisé. Le recours fréquent au temps supplémentaire obligatoire ajoute à la lourdeur de la tâche. Il devient difficile d’attirer du personnel dans ce secteur. Quatrièmement, il faut établir une stratégie spécifique pour traiter les cas de priorité P4 et P5 (cas généralement mineurs), qui constituent 55 % des patients des urgences et qui accaparent les médecins sans raison. Cette stratégie prévoirait un processus de réorientation du plus grand nombre de cas vers les groupes de médecine familiale et la super-clinique et l’intégration de jour et de soir d’une infirmière praticienne pour traiter les cas P4 et P5 en milieu urbain. Qu’attend le CISSSO pour recourir aux infirmières praticiennes spécialisées ?

Pour améliorer cette situation inacceptable, il faut que les députés et ministres de la région interviennent avec beaucoup plus de vigueur auprès du gouvernement, pour avoir des soins et des services comparables au reste du Québec. La région ne peut être toujours en queue de peloton. Les candidats des autres partis doivent aussi s’engager à corriger ce problème.

Les auteurs du texte sont Andrew Gibson et Gilbert Langelier, Santé Outaouais 2020.