Les employés de soutien de l'Université d'Ottawa sont en grève depuis le 19 octobre. 
Les employés de soutien de l'Université d'Ottawa sont en grève depuis le 19 octobre. 

L’Université d’Ottawa tombe en panne

À vous la parole
À vous la parole

Je suis un employé de soutien de l’Université d’Ottawa; j’y suis depuis maintenant 13 ans. C’est par hasard que j’y ai déposé mes valises et je peux affirmer avec certitude que je m’y sens chez moi. J’assure un service de première ligne comme secrétaire au département de français. Je traite autant avec les professeurs qu’avec les étudiants et je m’y plais dans mon rôle. Il est vraiment gratifiant de savoir que l’on contribue au bon fonctionnement d’une institution de renom qui forme les leaders de demain. Il y règne un bourdonnement perpétuel ponctué d’éclats de rire où il fait bon venir chaque matin. Mais ça, c’était avant la grève…

Depuis le 19 octobre, les 1300 employé.e.s de soutient sont en grève générale illimitée. C’est la mort dans l’âme que j’ai reçu cette nouvelle — une gifle en plein visage. Tu parles d’un temps pour tomber en grève ! Il est déjà difficile d’effectuer nos tâches dans un contexte de pandémie et voilà qu’on nous ajoute un niveau de stress indu. Et vous savez quoi?

Cette grève était évitable. Notre syndicat – District 35 PSUO-SSUO – travaille d’arrache-pied depuis plus d’un an à entériner une entente avec l’employeur qui reste campé dans ses positions pour des raisons idéologiques. Grosso modo, nous nous battons contre l’érosion de nos avantages sociaux. Pourquoi?

Parce que…

L’Université d’Ottawa veut réduire les avantages sociaux des employés en période de pandémie.

L’Université d’Ottawa n’a pas pourvu les postes vacants de première ligne qui appuient les étudiant.e.s et les professeur.e.s.

L’Université d’Ottawa fait tout cela même en affichant un excédent budgétaire de 48,6 millions, de 69,8 millions et de 91,8 millions $ au cours des trois derniers exercices financiers.

Tout cela est apparemment de la faute du gouvernement Ford et de la loi 124 qui « vise à préserver la viabilité du secteur public pour les générations futures » et qui oblige l’Université à se serrer la ceinture et à sabrer les dépenses. C’est du moins la version officielle qu’elle laisse entendre. Elle qui se targue d’être un des meilleurs employeurs de région de la capitale nationale; un milieu inclusif où le développement des compétences est valorisé, voire encouragé. Je comprends mal ce changement drastique d’attitude envers nous, qui nous démenons à l’ouvrage jour après jour pour offrir une expérience étudiante inégalable et dont elle fait sa marque de commerce.

Nous sommes la courroie de transmission de cet établissement. Sans nous, la machine est défaillante et ne peut continuer à fonctionner correctement. Nous souhaitons ardemment revenir à nos activités respectives et ainsi poursuivre à assurer des services essentiels à la population universitaire. J’espère de tout cœur que nous pourrons remédier à cette impasse dans les plus brefs délais, car il est d’autant plus dommage que ce soit les étudiants qui écopent en fin de compte. Il ne faut pas oublier que sans eux, nous n’aurions pas une raison d’être. Alors, au bénéfice de tous, il faut que l’Université d’Ottawa rouvre les canaux, retourne à la table de négociation et fasse preuve de bonne foi, car au-delà des considérations pécuniaires, il en est d’une question de respect.

Mathieu Roy, employé de soutien de l’Université d’Ottawa